Audio: Lightning & Group _ Long John
Cette présentation de quelques artistes non seulement d’avant, mais aussi d’après-guerre célèbre le génie des musiciens aveugles.
Elle se concentre tout d’abord sur les instrumentistes et chanteurs de blues et de gospel qui ont vécu durant la grande dépression économique des années 30 aux Etats-Unis d’Amérique. Puis elle présentera quelques musiciens de jazz, particulièrement marquants quelques musiciens de Country, pour finir par quelques représentants de la pop music.
Victimes des préjugés liés à leur cécité doublée de la couleur de leur peau, les musiciens de Blues jouaient généralement au coin de la rue ou au sortir des grandes usines, où trimaient les ouvriers noirs qui avaient quitté la misère du sud pour rejoindre les métropoles industrielles du nord-est.
Comme dans les pays pauvres aujourd’hui, la cécité est aux Etats-Unis de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème, une maladie de pauvres. En effet, ce sont très souvent des maladies mal soignées faute de moyens, qui sont la cause de la perte de la vue. Cependant, il ne faut pas occulter que la pauvreté et la dureté de ces temps-là, sont autant de facteurs de violence qui auront de conséquences dramatiques sur la vue de certains musiciens aveugles célèbres: tel Blind Willie Johnson qui perd la vue après que sa belle-mère acariâtre lui a balancé du vitriol au visage, ou Blind Joe Reynolds, qui devient aveugle après avoir reçu un coup de fusil.
Cependant, le Blues demeure l’expression la plus cruelle de la douleur. De la douleur causée par l’exclusion sociale de l’esclavage ou de l’emprisonnement, tel que l’exprime cette femme qui chante tout en actionnant sa machine à coudre.
Audio: Odea Mathews – Something within me
A l’instar d’Homère, le public fasciné par la cécité, prête à ces artistes, des dons de transmission de la spiritualité. Ceci est d’autant plus vrai qu’un grand nombre de ces musiciens chantaient dans les églises. Faut-il voir dans la présence de l’orgue dans les lieux de culte, l’explication quant au fait que beaucoup de musiciens aveugles jouent du piano? c’est bien possible. Mais ceux qui seront présentés plus avant, ont depuis longtemps quitté les lieux saints pour se retrouver dans la rue et dans les bars, avec une guitare rafistolée et un harmonica pourri.
Les aveugles ont bien compris le profit qu’ils pourraient tirer de leur cécité. Ainsi, il n’hésitent pas à faire précéder leur nom ou leur pseudonyme du mot « blind » comme s’il s’agissait d’une particule de noblesse. Le guitariste Eddie Lang n’était pas aveugle, pourtant il a enregistré quelques pièces sous le pseudonyme de Blind Willie Dunn.
On peut sans risque de se tromper, soutenir que beaucoup d’entre eux n’auraient pas chanté une note s’ils n’avaient pas été aveugles. Mais en ce temps-là, comme chez nous en Europe il y a quelques décennies encore, le métier de musiciens représentait pour les aveugles, un des seuls moyens de subvenir à leurs besoins. Rappelons-nous les musiciens aveugles qui animaient les rues et les gares de nos villes dans les années 60: ce n’est pas si vieux, A chacun son blues…
Bonne écoute!