Du Café de l'Ouest à Ouagadougou

Croisière pour l'alphabétisation des enfants aveugles du Burkina Faso

Image d'accueil: Ecole Braille Jean-Marc Meyrat à Boulsa au Burkina Faso

Catégorie: En bus pour Boulsa, mars 2009

Bienvenue au pays des hommes intègres

Vendredi 20 février 2009

Malgré la flambée des prix des produits de première nécessité et du pétrole, l’espoir demeure au Burkina Faso.

Sensibilisé au projet de construction d’une école pour enfants aveugles au Burkina Faso par la Mission évangélique braille, je me suis rendu avec Heinz Rothacher, secrétaire général de la MEB, à Boulsa, chef-lieu de la province de Namentenga.

Samedi 17 mai, départ de Lausanne. Après un voyage qui nous fera transiter par Paris, nous atterrissons à Ouagadougou. Dès la descente de l’avion, l’Afrique saute au visage. Il est 22 heures à Ouaga, minuit en Suisse, il fait encore 35 degrés. L’air est si moite qu’une fine pellicule de sueur vous recouvre instantanément. Et cette odeur africaine, cette odeur si caractéristique, mélange de gaz d’échappement et de fruits trop mûrs vous enveloppe. C’est la cohue à l’aéroport où nous retrouvons non sans peine les deux pasteurs qui vont nous accompagner tout au long de notre séjour: Boubakar Ouedraogo, dit Bouba, coordinateur pour la MEB au pays des hommes intègres, et le pasteur Sam Enoc, joyeusement surnommé pasteur Samsung, chauffeur de la Golf de couleur bleue un peu métallisée sortie d’usine en… 1986.

La première nuit sous la moustiquaire n’est pas facile. Et c’est pas très frais que nous nous rendons, à 7 heures, au culte en français. Je vous entends déjà dire: « Il ne va quand même pas nous raconter ce qu’il a mangé à chaque repas ou quoi ? » et vous avez raison. Si j’évoque ce moment, c’est qu’il joue un rôle important pour la compréhension de ce qui va suivre.

Posons le décor. On se croirait dans une église à Chicago. Des femmes super bien balancées et sapées à la dernière mode occidentale ondulent sur une musique qui rappelle davantage Céline Dion que nos cantiques. Guitare basse, claviers et batterie chauffent l’assistance. On est au show, les membres de la paroisse d’Antenne-Ville applaudissent comme s’ils assistaient à une émission de télévision. Puis c’est l’école du dimanche, en l’occurrence la leçon 20. Puis une succession de prêches vengeurs qui vous font regretter d’avoir peut-être volé un Sugus il y a trente ans. Et, dans toute cette effervescence, mélange de musique et de profonde piété parfois naïve, un moment imprégné d’une intense émotion intervient: la lecture de la Bible par un aveugle. C’est devant 2000 personnes brusquement plongées dans un respectueux silence que s’exprime Lucien Naré, fondateur de l’Association pour le salut des handicapés de la vue du Burkina Faso.

La dignité des personnes aveugles passe par l’alphabétisation

Seule l’alphabétisation peut laisser entrevoir à la personne aveugle une autonomie, si ténue soit-elle. Au village, l’aveugle est souvent considérée comme une bouche inutile à nourrir. Lorsqu’un enfant naît aveugle, son père renonce souvent à le déclarer aux autorités. Lorsque l’enfant souffre des yeux, il est d’abord présenté au féticheur puis, si possible, à l’ophtalmologue. Souvent trop tard. Du fait de la rareté des médecins? du prix des médicaments? de la précarité des transports? ou de l’ignorance?

En période de « soudure », temps plus ou moins long entre l’épuisement des réserves de grains et la prochaine récolte, la personne handicapée est la première à être écartée de la distribution de nourriture. Dans les grandes villes, il est malheureusement courant qu’elle soit abandonnée et réduite à la mendicité.

Durant les jours de fête, la personne aveugle demeure à l’écart du regard de la communauté car son existence est assimilée à un châtiment divin. Aujourd’hui encore, les féticheurs conseillent, pour conjurer le mauvais sort, de prendre trois épingles, trois noix de cola et un morceau de vêtement traditionnel et de les faire toucher par un aveugle qui va recueillir les mauvais esprits.

L’alphabétisation accessible à tous

En 2004, le gouvernement burkinabé a promulgué une loi pour alphabétiser les enfants de manière systématique. En ce qui concerne les handicapés de la vue, le programme s’étend sur trois ans durant lesquels les enfants passent six mois sur douze dans une école spécialisée comme celle de Boulsa avant d’être intégrés dans la classe de leur village. L’Etat s’est engagé à prendre à sa charge le salaire des enseignants, la nourriture et l’hébergement des élèves. Par contre, la formation des professeurs à l’écriture braille ainsi que le matériel didactique sont confiés à des institutions pour personnes handicapées soutenues par des organisations non gouvernementales telles que la Mission évangélique braille.

Que ce soit par le biais d’institutions laïques ou religieuses, étatiques ou privées, le soutien apporté à l’alphabétisation est indispensable pour que les aveugles aient suffisamment confiance en eux et soient prêts à entreprendre une formation de base qui leur permettra de se nourrir. Par exemple le petit élevage, le maraîchage, l’artisanat, le tressage en lipico, sorte de ficelle plastifiée avec laquelle on confectionne des sacs, des revêtements de chaises et de tables, même des filets de handball.

Départ pour Boulsa

Ce lundi matin, la diane sonne très tôt dans la maison des Nikiema qui nous hébergent. Heinz, Bouba, Lucien Naré et votre serviteur s’entassent dans la Golf bleue un peu métallisée du pasteur Samsung à 5 h 30. Nous allons rouler « à la fraîche », car hier on relevait 42 degrés au compteur.

Après avoir quitté Ouaga et ses rues défoncées, notre voiture emprunte une route au ruban bitumé absolument parfait qui file vers le Niger. Quelques dizaines de kilomètres plus loin, la Golf ralentit pour s’engager sur un chemin de terre. Une centaine de mètres après, c’est la misère. Nous sommes à Wayen.

Ventre vide n’a pas d’oreilles

Il est 8 h. Nous sommes assis sous le karité, l’arbre à beurre. Une légère brise souffle. Le silence paisible qui règne depuis cinq bonnes minutes n’est troublé que par les pintades et les poules qui picorent de-ci de-là. Les membres du comité de l’association ainsi que les aveugles présents se taisent. Ici, l’accueil n’est pas chaleureux. Il faut dire qu’à Wayen, les choses ne vont pas bien du tout. La banque de céréales créée pour permettre aux aveugles de se nourrir pendant la « soudure » a été vendue par le responsable qui a quitté le village avec la caisse en laissant les aveugles dans un total dénuement. Les cours de braille qui se déroulaient sous un pitoyable auvent ont cessé.

Heinz finit par rompre ce silence qui devient pesant et enjoint le comité de reprendre les choses en main : il est hors de question que les bailleurs de fonds suisses assistent l’association, mais ils sont prêts à l’aider pour autant qu’elle fasse un effort, qu’elle fixe des priorités et qu’elle  reprenne au plus vite les cours de braille. Puis Heinz se tourne vers les aveugles: « Et vous, de quoi avez-vous le plus besoin? » Après un silence interminable, Bouba traduit: « Nous aimerions retrouver nos yeux! » Sans se démonter, Heinz explique que, pour les yeux, il ne peut pas faire grand-chose. Bouba nous traduit la plainte d’un autre aveugle: « J’ai faim, je n’ai pas mangé depuis deux jours ».

Le désespoir et la résignation qui règnent ici brisent le cœur. Malgré la pauvreté qui prévaut dans le village, l’association tient à nous offrir deux coqs que nous devons accepter pour éviter de froisser nos hôtes. Comme vous le lirez plus loin, nos deux passagers malgré eux qui, terrorisés, caquettent faiblement dans le coffre de la Golf seront la cause d’un incident cocasse.

Cinquante kilomètres plus loin, nous faisons halte à Koupela. Ici, le décor est complètement différent. Le puits foré à 28 mètres de profondeur grâce à la MEB, fournit une eau claire en abondance, dont la vente à prix modéré au voisinage procure un peu d’argent à l’association. Cette eau irriguera prochainement un jardin où l’on enseignera aux aveugles le maraîchage. L’alphabétisation va bon train dans trois classes. Le temps de boire une « sucrerie » (soda) et de déguster un délicieux « poulet bicyclette », allusion à la maigreur du volatile, nous reprenons la route.

Nous quittons le ruban bitumé pour prendre la piste. Imaginez notre Golf qui fonce à 60 kilomètres à l’heure sur 50 kilomètres de tôle ondulée ! On ne s’entend plus, on ne sent plus son dos, on ingurgite des tonnes de poussière. Tout à coup, la Golf ralentit. Devant nous, une banderole nous souhaite la bienvenue à Boulsa. Escortée par le klaxon aigrelet des mobylettes, la Golf, telle la limousine d’un chef d’Etat, fait une entrée triomphale dans la ville. Les djembés résonnent et les enfants chantent en notre honneur. Nous sommes bouleversés.

Nous visitons les trois classes provisoires: une en langue moré, une autre en français et une troisième transitoire. En quatre mois, les petits écrivent déjà à l’aide du poinçon, les spécialistes apprécieront. Pour les profanes, il n’est pas inutile de préciser que l’on poinçonne sur une tablette de droite à gauche en inversant l’ordonnance des points de chaque lettre avant de lire de gauche à droite après avoir retourné la feuille.

La Mission évangélique braille, une goutte d’eau dans la mer mais quelle goutte!

Comme son nom l’indique, la MEB est une institution religieuse d’obédience protestante. Son but primordial est la diffusion de la Bible aux aveugles. La MEB n’est pas l’unique institution à alphabétiser les aveugles au Burkina Faso. Par contre, elle est la seule à diffuser des textes braille en langue moré, la langue locale la plus parlée dans le pays, et en d’autres langues vernaculaires en collaboration avec l’Association pour le salut des handicapés de la vue du Burkina Faso (ASHVB).

De fil en aiguille, le soutien de la MEB s’élargit. Aujourd’hui, elle finance, en plus de l’alphabétisation, des projets dans plusieurs pays africains, qui vont de la construction d’écoles et du forage de puits à la mise à disposition de moulins à huile et de banques de céréales, etc. En ce qui concerne Boulsa, il s’agira de collecter des fonds pour forer un puits, aménager des latrines et construire trois classes pour un montant de 60’000 francs.

Le lendemain de notre arrivée, nous sommes reçus par les autorités locales. Et agréablement surpris de l’intérêt que suscite ce projet auprès du Haut-Commissariat de la province du Namentenga, de la Direction provinciale de l’enseignement, de la mairie de Boulsa et de l’Eglise locale. Toutes les garanties semblent réunies pour que le projet aille à son terme dans des conditions optimales.

Notre retour à Ouagadougou est fixé au début de l’après-midi. Mais quelle n’est pas ma surprise d’entendre nos deux coqs à nouveau enfournés dans le coffre. Je n’y tiens plus : « Nous n’allons tout de même pas faire subir à ces pauvres bêtes un trajet de 150 kilomètres dans des conditions pareilles? » J’exige que l’on laisse les gallinacés à Boulsa, sinon, je descends de la Golf. Nos hôtes lèvent les yeux au ciel et se demandent si ce Blanc n’est pas complètement fou. Pour éviter un incident diplomatique, nos coqs rejoindront la basse-cour de l’école et Heinz, pour détendre l’atmosphère, propose à l’assistance de baptiser sur-le-champ nos deux amis: Rothacher et Meyrat!

Nous avons repris la piste. Tout à coup, la voiture s’immobilise. Le vent s’est levé et nous essuyons une tempête de sable, on ne voit plus rien. Soudain, une averse torrentielle s’abat: c’est la première ondée depuis plusieurs mois, annonçant la saison des pluies qui va redonner vie à cette terre aride.

Un magnifique voyage!

En encadré:

Si vous souhaitez soutenir financièrement ce projet, nous vous invitons à verser vos dons au CCP: 10-1350-1 en mentionnant projet Boulsa.

Pour davantage d’informations, prendre contact avec M. Heinz Rothacher, Mission évangélique braille, avenue Louis-Ruchonnet 20, 1800 Vevey. tél. 021 921 66 88, e-mail: info@mebraille.ch.

Téléchargez le projet sur http://www.mebraille.ch/graphique/NEWS.htm

D’avance, nous vous exprimons notre profonde gratitude.

Un aveugle lausannois en route pour le Burkina Faso

Vendredi 20 février 2009

Jean-Marc Meyrat et trois copains partent offrir un minibus à une école d’enfants aveugles.

Débrouillard, il aime brouiller les cartes. Et avec sa canne, il est connu comme le loup blanc à Lausanne. Jean-Marc Meyrat, coresponsable de l’antenne romande de la Fédération suisse des aveugles et malvoyants, est un homme de terrain. Sa volonté de vivre comme les autres, ses coups de gueule contre les injustices qui émaillent le quotidien de la planète font de lui une figure haute en couleur. Mais Jean-Marc Meyrat ne se contente pas des rues de la capitale vaudoise. Avec un journal de bord dans sa besace, il s’apprête à partir pour le Burkina Faso, direction l’école pour aveugles de Boulsa. Avec trois copains, Michel, Philippe et Maurice, il va livrer là-bas un minibus. La religion n’est pas la tasse de thé de ce libre penseur, pas calotin pour deux ronds. Pourtant, c’est avec la Mission évangélique Braille de Vevey qu’il collabore sur ce projet. « Le salut des aveugles, c’est l’éducation. Alors, au-delà de toute idéologie, explique le futur voyageur, nous partageons le même objectif. Et puis, travailler sur le terrain avec l’Eglise, c’est avoir la garantie d’une bonne gestion.

Repas de soutien

Le minibus vient de Vulliens. Il a été offert par Jean et Corinne Meyer, parents adoptifs d’Inoussa, 8 ans, un garçon aveugle né au Burkina Faso. Les fonds récoltés serviront à forer un puits, à aménager trois classes et à installer des latrines dans l’école. Jean-Marc Meyrat a déjà réuni 30 000 francs, il en manque autant. En attendant le départ, un repas de soutien a été servi hier au Café de l’Ouest à Lausanne.

ALAIN WALTHER

Note: Mission évangélique Braille, Vevey, CCP 10-1350-1.

Paru dans 24 heures du 17 janvier 2009

Bienvenue

Mercredi 25 février 2009

Bonjour à tous,

Sur ce blog je vous invite à suivre les pérégrinations de trois potes qui prennent le large à bord d’un bus 9 places Toyota Hiace, 280.000 bornes au compteur: direction Ouagadougou. Le but du voyage est de remettre le véhicule et son contenu à plusieurs écoles pour enfants aveugles du Burkina Faso.

Le départ est fixé au dimanche premier mars prochain, en début d’après-midi, du Café de l’Ouest à Lausanne.

Notre première étape nous mènera jusqu’à Sète où nous embarquerons pour Tanger. Là, 6.500 kilomètres d’aventures nous attendent à travers le Maroc, la Mauritanie, le Mali, pour arriver enfin au Burkina.

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Jean-Marc Meyrat devant le bus qui le conduira jusqu'à Ouagadougou

En lisant ce blog, vous trouverez le résumé du projet auquel Michel et moi sommes plus particulièrement liés, un article paru dans le journal 24 heures ainsi que le récit du premier séjour que j’ai fait au pays des hommes intègres en mai 2008 avec mon ami Heinz Rothacher, le responsable de la Mission évangélique braille à Vevey.

Suivez-nous et n’hésitez pas à déposer vos commentaires que nous sommes d’ores et déjà friands de lire.

Nous sommes attendus…

Samedi 28 février 2009
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Message en Braille envoyé par les enfants de Boulsa à Jean-Marc Meyrat

1er mars 2009, 13h15 départ de Lausanne

Dimanche 1 mars 2009
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"...Allez! Vous venez?" "Je veux partir, bon sang..."

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Philippe a fait le plein...

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Sympathique apéro de départ au Café de l'Ouest

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Heinz entouré de Jean-Marc, Philippe et Michel avec leurs épouses

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Les adieux des amis du Café

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Au lieu du départ: Lausanne, Café de l'Ouest, 1er mars 13h15

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C'est parti...

1er mars 2009

Lundi 2 mars 2009

Départ des léopards! Le Toyota, 286.300 kilomètres au compteur, est chargé jusqu’à la gueule: 7 machines pour écrire le Braille, du papier pour alimenter les imprimantes de l’association pour le salut des handicapés de la vue du Burkina, des cannes blanches, etc.

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Liste du matos didactique braille

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Permis de circulation

Encore un grand moment d’amitié ce matin premier mars 2009 au Café de l’ouest à Lausanne. Le blanc a magnifiquement accompagné les délicieux amuse-gueule aux saveurs maghrébines que nous ont généreusement servis les patrons, Nasser et Josiane. Le prudent Nasser nous a donné des nappes du bistro pour recouvrir le précieux chargement du Toyote et ainsi le dissimuler à la vue des envieux. Il y avait pas mal d’émotion au départ de notre équipage.

Le Oui-oui que vous pouvez voir sur la photo de notre départ, ne peut que nous porter chance puisqu’il s’agit d’un cadeau de la petite Coline, la nièce de Francine de 5 ans, à Boulsa, qu’elle croit être un petit garçon alors qu’il s’agit du nom de la ville où se trouve l’école pour enfants aveugles que nous soutenons dans l’est du Burkina. Car comme dit la Colinette: (Moi, on m’a appris à partager!) Puissent ces mots pleins de chaleur et de tendresse être notre devise pour notre aventure.

Philippe graille son GPS qui perd un peu le nord. Moi, j’essaie avec bien des difficultés de faire fonctionner notre frigo. Michel est au volant et nous parle du trajet qu’il empreinte habituellement pour se rendre à Gigondas. On vient de passer non loin de la maison du Facteur Cheval. Crest dans la Drôme où nous avions l’intention de crécher et de nous restaurer, aurait dû constituer l’objectif de notre première étape. Malheureusement, pas d’hôtel. Si cela continue, comme dit la chanson, la Nationale 7 nous mènera jusqu’à Sète.
On s’écoute Gainsbourg puis les Beatles, grâce aux enregistrements qu’a réalisés mon pote Tutu et à la « cassette miracle » que m’a filée Luc, qui nous permet d’écouter mon ipod sur les enceintes du Toyote à travers son vieux lecteur de cassettes.

2 mars

Mercredi 4 mars 2009

La première nuit dans la chambrée se passe dans une certaine promiscuitée, dans la minuscule chambre du Formule 1 situé à un jet de pierre de Montélimar, la capitale du nougat. L’atmosphère de corps de garde qui règne, fait ressurgir chez Philippe quelques souvenirs de caserne et, pour ne pas faillir à la tradition, il régale la compagnie d’une petite bouteille de rouge qui tombe fort à propos, avant que nos rêves nous ramènent auprès de nos femmes restées au pays.

Après un petit déjeuner pris en rang d’oignons, face au mur de la salle à manger borgne de notre Formule 1, nous partons à la chasse au cybercafé. Autant dire que cela n’a pas été facile. Et après en avoir déniché un aux environs de Nîmes, quel ne fut pas notre désarrois de ne pas pouvoir alimenter notre blog: impossible d’entrer le mot de passe. Après une heure de recherches qui m’ont plongées dans un abîme de désespoir, nous nous sommes aperçus que nous devions activer le pavé numérique pour entrer les chiffres. Finalement, tout est bien qui finit bien. Nous sommes prêts pour l’embarquement fixé à 19 heures à Sète. Les derniers achats effectués: un cubiténaire de vin rouge, de la bière, une petite bouteille de Ricard pour le fragile estomac de Philippe, une de whisky pour les souffrances de l’âme, un wagon de boîtes de conserve et deux moustiquaires, nous prenons l’autoroute pour la première fois depuis Lausanne, afin de nous installer au plus vite sur une terrasse ensoleillée. Michel s’exclame: « la mer est à notre gauche ».

Il fait soleil à Sète mais le mistral est frais. La terrasse sur laquelle nous dégustons un solide sandwich merguez frites arrosé de Kronemburg, représente à elle seule un curieux trait d’union entre l’Europe et l’Afrique du nord. Dans mon dos, vrombissent déjà les moteurs du Biladi, un énorme ferry, qui va faire traverser la Méditerranée à notre cher Toyote et à ses trois occupants. Ici, semble s’entasser le surplus dont les pays nantis ne veulent plus et qui pourra, espérons-le, soulager un peu la misère de ceux qui se battent pour survivre.

Notre départ est retardé par une poignée de jeunes manifestants qui sont montés sans billets. Campés au pied de la cheminée, ils protestent contre l’expulsion de clandestins vraisemblablement embarqués de force sur le Biladi pour le Maroc. Je suis fatigué ce soir et je n’ai vraiment pas faim après le gigantesque sandwich ingurgité trois heures plus tôt. Je décide donc de me retirer dans la cabine à deux que je partage avec Bondi. Lorsque je me réveille vers deux heures du matin, un doux balancement nous berce.

3 mars

Mercredi 4 mars 2009

Nous prenons le petit déjeuner à la table qui nous a été assignée avec un Français qui sait tout et qui a tout fait. Puis on attaque les cartes: la mise à trois. La fortune est généreuse avec chacun. Cependant, il semble que Michel aurait une tournée de Ricard de plus à rincer. Après le repas de midi et une petite reposée, nous nous retrouvons au bar.

Cela tangue davantage maintenant: (Un pas en avant pour deux en arrière!) déclare Philippe portant prudemment deux verres de whisky dont le prix est moindre que celui de la bière: heureux pays. On joue la tournée à la putz. Je l’emporte 7 à 5 après avoir été mené 5 à 0. On en a un peu plein les bottes de cette traversée qui traîne en longueur.

Vivement Tanger et que les choses sérieuses commencent.

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Embarquement

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Port de Sète

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Jean-Marc a faim

4 mars

Mercredi 4 mars 2009

Le vent violent qui souffle sur Tanger contraint le Biladi à s’y reprendre à plusieurs fois pour accoster. Tout en commentant la manœuvre, Philippe, le loup de mer de l’équipe, boit du thé. Cet événement paraît tellement extraordinaire, qu’il mérite de figurer dans la chronique du jour, non?

Nous sortons enfin des entrailles suffocantes du Biladi. Les postes de douane et de contrôle se succèdent, les bakchichs aussi: (Tu donnes un p’tit billet pour Noël?) J’ignorais complètement que la naissance du petit Jésus était aussi fêtée en terre d’Islam. Des dizaines de gars dont on ignore la fonction, courent dans tous les sens, d’une voiture à l’autre, exigeant des papiers, promettant contre un billet le précieux tampon. En un mot: c’est le bordel. Ça crie de partout, ça klaxonne. On avance puis, sans savoir pourquoi, on recule pour avancer à nouveau. Il faut vraiment rester calme et se plier aux usages locaux faute de quoi, vous pouvez moisir là des heures et des heures.

C’est tout bon! Maintenant, nous fonçons par grand vent sur l’autoroute, direction Marrakech, but de l’étape du jour, via Rabat et Casablanca. Couteau suisse à la main, Michel assis à l’arrière du Toyote, distribue des tranches de viande séchée dont l’épaisseur met encore mieux en valeur le goût. Avec ça, du fromage, une rasade de rouge, du pain sec et, Michel Bühler bien sûr.

Il est vraiment brave notre Toyote. Il ronronne doux, il ne consomme lui guère plus de dix litres pour cent kilomètres. De plus, la croix suisse qu’il arbore fièrement sur sa porte avant-droite, lui a déjà facilité le franchissement de certains contrôles de police. Evidemment, il n’a pas encore été mis à rude épreuve, car les autoroutes marocaines sont excellentes.

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Arrivée à Tanger

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Port de Tanger

Le pont

Le pont

5 mars

Jeudi 5 mars 2009

Hier soir à Marrakech, nous sommes tombés sur une assez bonne adresse. Excellent tajine de poulet aux olives avec riz, pas aussi merveilleux que celui de Nasser bien sûr, bon vin local, délicieux thé, chambre spacieuse mais froide, la température ne devait pas dépasser les 15 degrés et les bâtiments ne sont pas chauffés.

Ce matin, le Toyote et les trois coyotes ont repris la route. Point de chute prévu au terme de l’étape du jour, Tan-tan, en passant par Agadir après avoir franchi une chaîne de montagnes. A la sortie de Marrakech, nous savourons les derniers 50 kilomètres d’autoroute de toute notre aventure. Sur un des ponts qui enjambe le magnifique revêtement de l’autoroute en construction, un berger vêtu tel un moine, d’une longue robe brune à capuchon, pousse devant lui un troupeau de moutons.

A Chichaoua, le caissier Bondi en profite pour aller faire du change. Un policier s’approche du Toyote et demande à Philippe son permis de conduire et les papiers du véhicule. Nous n’avons malheureusement pas parqué le bus dans le bon sens, celui de la route. Le policier disparaît puis nous fait signe d’avancer. Il a déjà le papier pour nous coller dans la main. Je déplie ma canne, descend du Toyote et vais serrer la main du policier et tout s’arrange. Nous lui expliquons d’où nous venons, où nous allons et pourquoi et il déchire la contredanse. La croix suisse et la canne d’aveugle, c’est vraiment la période du blanc, font très forte impression. Lorsque le caissier Bondi sort de la banque, il aperçoit trois gars en train de deviser gaîment comme si ils ne s’étaient pas vus depuis 20 ans.

Nous attaquons la montagne. Certains sommets sont enneigés. Les camions sont si lourdement chargés qu’ils gravissent le col, raide il est vrai, à trois kilomètres à l’heure. Brave Toyote, tu es vaillant toi!

Pique-nique à bord du Toyote. Bondi que j’ai surnommé Bondex, référence à une marque de peinture, ou encore Bondichéri, à une lettre près le nom d’un ancien comptoir français des Indes, a troqué son crayon de comptable pour le couteau suisse du parfait cuisinier en campagne. Il verse le rouge dans de gros verres dont la couleur fait dire à Philippe qu’ils proviennent certainement d’un surplus de l’armée marocaine. Et bien parlons-en de notre pinard. Au début, il ne nous paraissait pas trop mauvais. Maintenant, comme constate Philippe, il tire un peu les tendons. Mais il faut faire avec. Il y a dans ce beau pays, et c’est une lapalissade, davantage de mosquées que de caves à vin!

Vous l’aurez deviné: Michel a été scout dans sa jeunesse. Louveteau, il portait le totem de « pelage soyeux » ce qui convient assez bien à un coyote. Eclaireur, il était affublé de celui de « ouistiti aboyeur » qui lui va pas mal non plus. Philippe lui, a failli entrer chez les éclaireurs simplement pour suivre une éclaireuse. Mais l’homme reste rebel à toute autorité. Moi, je n’ai fait que l’Asile des aveugles.

On nous avait bien dit qu’il y avait un policier à chaque carrefour au Maroc. Après notre aventure du matin, nous avons été contrôlés plusieurs fois et une fois de trop à 200 mètres de l’hôtel sur lequel nous allions jeter notre dévolu. 51 kilomètres à l’heure au lieu de 40, cela ne pardonne pas, 400 dirhams d’amande, 60 francs Suisse environ. A Tan-Tan, on est dans le désert. Au bord de la route des panneaux nous invitent à faire attention aux chameaux.

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Une maison au haut du col

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La neige au sommet des Atlas

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Au sommet du col