Du Café de l'Ouest à Ouagadougou

Croisière pour l'alphabétisation des enfants aveugles du Burkina Faso

Image d'accueil: Ecole Braille Jean-Marc Meyrat à Boulsa au Burkina Faso

Catégorie: Voyage à Boulsa, mai 2008

Bonne arrivée au pays des hommes intègres

Vendredi 14 mai 2010

Sensibilisé au projet de construction d’une école pour enfants aveugles au Burkina Faso par la Mission évangélique braille, je me suis rendu avec Heinz Rothacher, secrétaire général de la MEB, à Boulsa, chef-lieu de la province de Namentenga.

Samedi 17 mai, départ de Lausanne. Après un voyage qui nous fera transiter par Paris, nous atterrissons à Ouagadougou. Dès la descente de l’avion, l’Afrique saute au visage. Il est 22 heures à Ouaga, minuit en Suisse, il fait encore 35 degrés. L’air est si moite qu’une fine pellicule de sueur vous recouvre instantanément. Et cette odeur africaine, cette odeur si caractéristique, mélange de gaz d’échappement et de fruits trop mûrs vous enveloppe. C’est la cohue à l’aéroport où nous retrouvons non sans peine les deux pasteurs qui vont nous accompagner tout au long de notre séjour: Boubakar Ouedraogo, dit Bouba, coordinateur pour la MEB au pays des hommes intègres, et le pasteur Sam Enoc, joyeusement surnommé pasteur Samsung, chauffeur de la Golf de couleur bleue un peu métallisée sortie d’usine en… 1986.

La première nuit sous la moustiquaire n’est pas facile. Et c’est pas très frais que nous nous rendons, à 7 heures, au culte en français. Je vous entends déjà dire: « Il ne va quand même pas nous raconter ce qu’il a mangé à chaque repas ou quoi ? » et vous avez raison. Si j’évoque ce moment, c’est qu’il joue un rôle important pour la compréhension de ce qui va suivre.

Posons le décor. On se croirait dans une église à Chicago. Des femmes super bien balancées et sapées à la dernière mode occidentale ondulent sur une musique qui rappelle davantage Céline Dion que nos cantiques. Guitare basse, claviers et batterie chauffent l’assistance. On est au show, les membres de la paroisse d’Antenne-Ville applaudissent comme s’ils assistaient à une émission de télévision. Puis c’est l’école du dimanche, en l’occurrence la leçon 20. Puis une succession de prêches vengeurs qui vous font regretter d’avoir peut-être volé un Sugus il y a trente ans. Et, dans toute cette effervescence, mélange de musique et de profonde piété parfois naïve, un moment imprégné d’une intense émotion intervient: la lecture de la Bible par un aveugle. C’est devant 2000 personnes brusquement plongées dans un respectueux silence que s’exprime Lucien Naré, fondateur de l’Association pour le salut des handicapés de la vue du Burkina Faso.

12 enfants à l'école de Boulsa

La dignité des personnes aveugles passe par l’alphabétisation

Seule l’alphabétisation peut laisser entrevoir à la personne aveugle une autonomie, si ténue soit-elle. Au village, l’aveugle est souvent considérée comme une bouche inutile à nourrir. Lorsqu’un enfant naît aveugle, son père renonce souvent à le déclarer aux autorités. Lorsque l’enfant souffre des yeux, il est d’abord présenté au féticheur puis, si possible, à l’ophtalmologue. Souvent trop tard. Du fait de la rareté des médecins? du prix des médicaments? de la précarité des transports? ou de l’ignorance?

En période de « soudure », temps plus ou moins long entre l’épuisement des réserves de grains et la prochaine récolte, la personne handicapée est la première à être écartée de la distribution de nourriture. Dans les grandes villes, il est malheureusement courant qu’elle soit abandonnée et réduite à la mendicité.

Durant les jours de fête, la personne aveugle demeure à l’écart du regard de la communauté car son existence est assimilée à un châtiment divin. Aujourd’hui encore, les féticheurs conseillent, pour conjurer le mauvais sort, de prendre trois épingles, trois noix de cola et un morceau de vêtement traditionnel et de les faire toucher par un aveugle qui va recueillir les mauvais esprits.

L’alphabétisation accessible à tous

En 2004, le gouvernement burkinabé a promulgué une loi pour alphabétiser les enfants de manière systématique. En ce qui concerne les handicapés de la vue, le programme s’étend sur trois ans durant lesquels les enfants passent six mois sur douze dans une école spécialisée comme celle de Boulsa avant d’être intégrés dans la classe de leur village. L’Etat s’est engagé à prendre à sa charge le salaire des enseignants, la nourriture et l’hébergement des élèves. Par contre, la formation des professeurs à l’écriture braille ainsi que le matériel didactique sont confiés à des institutions pour personnes handicapées soutenues par des organisations non gouvernementales telles que la Mission évangélique braille.

Que ce soit par le biais d’institutions laïques ou religieuses, étatiques ou privées, le soutien apporté à l’alphabétisation est indispensable pour que les aveugles aient suffisamment confiance en eux et soient prêts à entreprendre une formation de base qui leur permettra de se nourrir. Par exemple le petit élevage, le maraîchage, l’artisanat, le tressage en lipico, sorte de ficelle plastifiée avec laquelle on confectionne des sacs, des revêtements de chaises et de tables, même des filets de handball.

Je rédige mon canard

Départ pour Boulsa

Ce lundi matin, la diane sonne très tôt dans la maison des Nikiema qui nous hébergent. Heinz, Bouba, Lucien Naré et votre serviteur s’entassent dans la Golf bleue un peu métallisée du pasteur Samsung à 5 h 30. Nous allons rouler « à la fraîche », car hier on relevait 42 degrés au compteur.

Après avoir quitté Ouaga et ses rues défoncées, notre voiture emprunte une route au ruban bitumé absolument parfait qui file vers le Niger. Quelques dizaines de kilomètres plus loin, la Golf ralentit pour s’engager sur un chemin de terre. Une centaine de mètres après, c’est la misère. Nous sommes à Wayen.

Ventre vide n’a pas d’oreilles

Il est 8 h. Nous sommes assis sous le karité, l’arbre à beurre. Une légère brise souffle. Le silence paisible qui règne depuis cinq bonnes minutes n’est troublé que par les pintades et les poules qui picorent de-ci de-là. Les membres du comité de l’association ainsi que les aveugles présents se taisent. Ici, l’accueil n’est pas chaleureux. Il faut dire qu’à Wayen, les choses ne vont pas bien du tout. La banque de céréales créée pour permettre aux aveugles de se nourrir pendant la « soudure » a été vendue par le responsable qui a quitté le village avec la caisse en laissant les aveugles dans un total dénuement. Les cours de braille qui se déroulaient sous un pitoyable auvent ont cessé.

Heinz finit par rompre ce silence qui devient pesant et enjoint le comité de reprendre les choses en main : il est hors de question que les bailleurs de fonds suisses assistent l’association, mais ils sont prêts à l’aider pour autant qu’elle fasse un effort, qu’elle fixe des priorités et qu’elle  reprenne au plus vite les cours de braille. Puis Heinz se tourne vers les aveugles: « Et vous, de quoi avez-vous le plus besoin? » Après un silence interminable, Bouba traduit: « Nous aimerions retrouver nos yeux! » Sans se démonter, Heinz explique que, pour les yeux, il ne peut pas faire grand-chose. Bouba nous traduit la plainte d’un autre aveugle: « J’ai faim, je n’ai pas mangé depuis deux jours ».

Le désespoir et la résignation qui règnent ici brisent le cœur. Malgré la pauvreté qui prévaut dans le village, l’association tient à nous offrir deux coqs que nous devons accepter pour éviter de froisser nos hôtes. Comme vous le lirez plus loin, nos deux passagers malgré eux qui, terrorisés, caquettent faiblement dans le coffre de la Golf seront la cause d’un incident cocasse.

Je reçois les deux fameux coqs

Cinquante kilomètres plus loin, nous faisons halte à Koupela. Ici, le décor est complètement différent. Le puits foré à 28 mètres de profondeur grâce à la MEB, fournit une eau claire en abondance, dont la vente à prix modéré au voisinage procure un peu d’argent à l’association. Cette eau irriguera prochainement un jardin où l’on enseignera aux aveugles le maraîchage. L’alphabétisation va bon train dans trois classes. Le temps de boire une « sucrerie » (soda) et de déguster un délicieux « poulet bicyclette », allusion à la maigreur du volatile, nous reprenons la route.

Audio: Pompage de l’eau du puits (Koupella)

Nous quittons le ruban bitumé pour prendre la piste. Imaginez notre Golf qui fonce à 60 kilomètres à l’heure sur 50 kilomètres de tôle ondulée ! On ne s’entend plus, on ne sent plus son dos, on ingurgite des tonnes de poussière. Tout à coup, la Golf ralentit. Devant nous, une banderole nous souhaite la bienvenue à Boulsa. Escortée par le klaxon aigrelet des mobylettes, la Golf, telle la limousine d’un chef d’Etat, fait une entrée triomphale dans la ville. Les djembés résonnent et les enfants chantent en notre honneur. Nous sommes bouleversés.

Audio: Arrivée à Boulsa

Nous visitons les trois classes provisoires: une en langue moré, une autre en français et une troisième transitoire. En quatre mois, les petits écrivent déjà à l’aide du poinçon, les spécialistes apprécieront. Pour les profanes, il n’est pas inutile de préciser que l’on poinçonne sur une tablette de droite à gauche en inversant l’ordonnance des points de chaque lettre avant de lire de gauche à droite après avoir retourné la feuille.

Audio: Un enfants écrivant en braille

La Mission évangélique braille, une goutte d’eau dans la mer mais quelle goutte!

Comme son nom l’indique, la MEB est une institution religieuse d’obédience protestante. Son but primordial est la diffusion de la Bible aux aveugles. La MEB n’est pas l’unique institution à alphabétiser les aveugles au Burkina Faso. Par contre, elle est la seule à diffuser des textes braille en langue moré, la langue locale la plus parlée dans le pays, et en d’autres langues vernaculaires en collaboration avec l’Association pour le salut des handicapés de la vue du Burkina Faso (ASHVB).

De fil en aiguille, le soutien de la MEB s’élargit. Aujourd’hui, elle finance, en plus de l’alphabétisation, des projets dans plusieurs pays africains, qui vont de la construction d’écoles et du forage de puits à la mise à disposition de moulins à huile et de banques de céréales, etc. En ce qui concerne Boulsa, il s’agira de collecter des fonds pour forer un puits, aménager des latrines et construire trois classes pour un montant de 60’000 francs.

Le lendemain de notre arrivée, nous sommes reçus par les autorités locales. Et agréablement surpris de l’intérêt que suscite ce projet auprès du Haut-Commissariat de la province du Namentenga, de la Direction provinciale de l’enseignement, de la mairie de Boulsa et de l’Eglise locale. Toutes les garanties semblent réunies pour que le projet aille à son terme dans des conditions optimales.

Notre retour à Ouagadougou est fixé au début de l’après-midi. Mais quelle n’est pas ma surprise d’entendre nos deux coqs à nouveau enfournés dans le coffre. Je n’y tiens plus : « Nous n’allons tout de même pas faire subir à ces pauvres bêtes un trajet de 150 kilomètres dans des conditions pareilles? » J’exige que l’on laisse les gallinacés à Boulsa, sinon, je descends de la Golf. Nos hôtes lèvent les yeux au ciel et se demandent si ce Blanc n’est pas complètement fou. Pour éviter un incident diplomatique, nos coqs rejoindront la basse-cour de l’école et Heinz, pour détendre l’atmosphère, propose à l’assistance de baptiser sur-le-champ nos deux amis: Rothacher et Meyrat!

Nous avons repris la piste. Tout à coup, la voiture s’immobilise. Le vent s’est levé et nous essuyons une tempête de sable, on ne voit plus rien. Soudain, une averse torrentielle s’abat: c’est la première ondée depuis plusieurs mois, annonçant la saison des pluies qui va redonner vie à cette terre aride.

Un magnifique voyage!

En encadré:

Si vous souhaitez soutenir financièrement ce projet, nous vous invitons à verser vos dons au CCP: 10-1350-1 en mentionnant projet Boulsa.

Pour davantage d’informations, prendre contact avec M. Heinz Rothacher, Mission évangélique braille, avenue Louis-Ruchonnet 20, 1800 Vevey. tél. 021 921 66 88, e-mail: info@mebraille.ch.

Téléchargez le projet sur http://www.mebraille.ch/graphique/NEWS.htm

D’avance, nous vous exprimons notre profonde gratitude.

Résumé du projet pour soutenir l’école pour enfants aveugles à Boulsa

Samedi 15 mai 2010

Ecole pour l’alphabétisation des enfants aveugles à Boulsa/Burkina Faso

1) RESUME DU PROJET

Au Burkina Faso, pour beaucoup d’enfants aveugles, il n’y a plus rien à faire du point de vue médical. Va-t-on les laisser à leur triste sort? Pourtant leur potentiel intellectuel est intact, et ils ne demandent qu’à pouvoir apprendre. Comme tous les enfants, ils ont une très grande soif de vivre! Aujourd’hui, pour la première fois au Burkina Faso, la possibilité leur est offerte d’être alphabétisés en braille et de recevoir une formation de base qui leur donnera les moyens de s’intégrer à l’école publique et d’ »entrevoir » ainsi un avenir possible pour eux.
A Boulsa, dans la Province du Namentenga, vivent plus de 7000 aveugles. Pour eux, ce projet tombe à point nommé. Le Gouvernement a décrété d’assurer la gratuité de l’école pour tous (loi d’orientation de l’éducation 2007). Il a mandaté la Direction Régionale de l’Education de Base de l’appliquer. Les enfants et jeunes handicapés de la vue sont concernés par ce décret. L’association partenaire locale de la MEB a les compétences et le personnel qualifié pour en-seigner les enfants aveugles. L’école est l’outil adéquat pour leur apporter une perspective de vie nouvelle. Coût total du projet : 60’000.-

2) PRESENTATION ET PLANIFICATION

Le partenaire local
L’Association du Centre de Formation Braille pour Aveugles et Malvoyants (ACFBAM) a été reconnue en 2004, récépissé N°2004-008/MATD/PNMT/HC. Elle a son siège à Boulsa, chef-lieu de la Province du Namentenga, région du Centre-Nord du Burkina Faso. Elle œuvre pour le bien être général des personnes aveugles et malvoyants. Elle a ouvert huit petits centres d’alphabétisation braille dans huit communes avoisinantes. Son objectif est de combattre l’analphabétisme des personnes handicapées de la vue par l’enseignement. Au programme figurent l’alphabétisation bilingue mooré-français, l’apprentissage du braille et des formations préprofessionnelles ou agricoles adaptées au handicap. L’ACFBAM est propriétaire d’un terrain de 1823 m2 à Boulsa et dispose de l’autorisation de construire un centre provincial de formation spécialisée, comprenant une école d’alphabétisation pour enfants et jeunes aveugles.

Situation et analyse
La population du Namentenga est estimée à 320’000 personnes (1998). Sur une superficie de 7555 km2. L’agriculture et l’élevage sont les principales activités dans cette région sahélienne où la famine est endémique. Le nombre des aveugles et malvoyants n’est pas connu du fait que les enfants aveugles sont cachés dans leurs propres familles ou considérés comme inutiles et abandonnés. L’ignorance et l’isolement génèrent des comportements de méfiance, de répulsion ou, tout au moins, de marginalisation, à l’égard de ces handicapés visuels qui sont condamnés à vivre au seuil de la sécurité alimentaire et sans considération.
Les causes principales de la cécité sont la cataracte, l’onchocercose, les maladies non soignées et le manque de la vitamine A; facteurs très souvent liés à la pauvreté, l’analphabétisme ou au non accès aux soins. Le Burkina Faso compte plus de 250’000 aveugles, ~2% de la population (OMS 2005). Une extrapolation donnerait alors un chiffre de 7000 aveugles pour la seule Province du Namentenga.

Contexte de l’éducation nationale
Le projet s’identifie dans un cadre de référence national. Un Fonds pour l’Alphabétisation et l’Education Non Formelle (FONAENF) a été cré suite au Forum sur l’alphabétisation tenu à Ouagadougou en septembre 1999, et dans le cadre de la mise en œuvre du Plan Décennal de Développement de l’Education de Base (PDDEB). C’est une Association à but non lucratif, mise en place en 2002 par le Gouvernement du Burkina Faso avec l’appui des partenaires techniques et financiers, des opérateurs/trices en alphabétisation et du secteur privé. Il est l’instrument de mise en œuvre de la politique nationale d’alphabétisation et d’éducation non formelle. Le principe qui oriente l’action et le fonctionnement du FONAENF est «la stratégie du faire-faire» fondée sur le partage et la définition claire des rôles des différents acteurs, notamment l’Etat et les collectivités locales, les Partenaires techniques et Financiers (PTF), la société civile (les ONG, les opérateurs/trices en alphabétisation) et le secteur privé.
En 2007, le Gouvernement burkinabé a promulgué une loi: Education pour tous comprenant une nouvelle orientation pour enfants qui nécessitent une éducation spécifique, comme les aveugles et malvoyants. Les associations au service des handicapés de la vue, ayants plus de deux ans d’expérience, ont le droit de demander un « Plan de service » pour faciliter l’intégration scolaire et socioprofessionnelle des enfants et jeunes jusqu’à 16 ans.
C’est la Direction Régionale de l’Education de Base (DREBA) qui est leur répondant légal.

Alphabétisation des enfants aveugles
Les enfants et jeunes aveugles font désormais partie du public cible pouvant bénéficier du FONAENF, ce qui représente pour eux un tournant historique, une porte ouverte à franchir!
Depuis 12 ans, la MEB enseigne la maîtrise du braille à des personnes capables d’en former d’autres. 44 enseignants et formateurs spécialisés (hommes et femmes, voyants et non voyants) ont été formés à Ouagadougou, au centre de l’Association pour le Salut des Handicapés Visuels au Burkina Faso (ASHVB), une ONG partenaire de la MEB. Ils sont opérationnels dans 29 centres provinciaux. En outre, la MEB a transmis l’essentiel de son savoir-faire en matière d’impression braille à l’ASHVB qui a maintenant les capacités de produire des textes en braille en français et dans des langues vernaculaires (Mooré, Bissa, Kasem). Il faudrait augmenter la capacité de production l’ASHVB pour qu’elle soit à même de répondre aux demandes croissantes de manuels et ouvrages en braille qui vont lui parvenir de toutes les parties du pays. Enfin, la MEB a mis en place et soutient une personne chargée d’assurer au niveau national la coordination du travail parmi les aveugles.
Les matières et les programmes scolaires, identiques à ceux de l’école classique, sont adaptés avec la Méthode de lecture et d’écriture avec des caractères en relief: le braille. Cette spécialisation est sous la responsabilité de l’ASHVB, partenaire de la MEB Suisse.
Ainsi, dans la Province du Namentenga, L’ACFBAM gère déjà 8 petits centres locaux et enseignants spécialisés ayant une expérience pratique de 4 ans. Une école provinciale d’alphabétisation, centrée à Boulsa, est nécessaire pour répondre à la qualité éducative requise par le FONAENF, la DREBA et l’ASHVB.

Stratégie d’intervention et objectifs du projet
A) L’objectif principal: Combattre l’analphabétisme des aveugles par l’éducation.
B) Stratégie: Pour réhabiliter les enfants et jeunes aveugles, le projet prévoit:

  • Recrutement, sensibilisation;
  • Un plan opérationnel annuel;
  • L’Accueil des enfants en internat durant 3 cycles de 6 mois sur 3 ans (janvier à juin);
  • L’Alphabétisation Initiale (AI) bilingue et en braille;
  • La Formation Complémentaire de Base (FCB);
  • L’Apprentissage du Français Fondamental et Fonctionnel (A3F);
  • Les Formations Techniques Spécifiques (FTS) adaptées au handicap;
  • L’Artisanat adapté;
  • L’Appui à l’intégration à l’école publique ou activité socioprofessionnelle.

C) L’objectif spécifique se limite à l’éducation, l’enseignement, la formation et à l’appui à l’intégration à la fin du cursus scolaire spécialisé.

Cadre logique
ECOLE D’ALPHABETISATION POUR ENFANTS AVEUGLES A BOULSA/BURKINA FASO
Stratégie Indicateurs Sources/Vérification Hypothèses
But/Finalité
Combattre l’analphabétisme par l’en-seignement dans la Province du Namen-tenga. Taux d’alphabétisation des aveugles aujour-d’hui possible et en forte augmentation. Multiplication des lieux de formation. Statistiques nationales et de l’OMS. Renseignements à l’unique école pour aveugles du pays à Ouagadougou (ABPAM). Aucun facteur de force majeure ne va survenir.

Objectifs
1) Promouvoir l’éducation des enfants handicapés de la vue. Davantage d’intérêt et d’attention envers le handicap. 3 classes de 12 enfants/an. Cycle de 6 mois (janvier-juin) sur 3 ans. Fiches d’inscription et registres à l’école et à la Direction régionale (DREBA) Donner des cours d’appui adaptés.
2) Promouvoir l’intégration scolaire pu-blique ou socioprofessionnelle à la sortie de l’école. Taux de réussite et d’intégration dans les écoles classiques jusqu’à 80%. 1 plan de service individualisé pour chaque élève. Programme de formation. Document cadre de prise en charge éducative spécialisée. Evaluation et notes. Document cadre de suivi. Registre des services individualisés. Risque des parents de reprendre l’enfant pour leurs propres besoins.

Résultats attendus
1) De plus en plus d’aveugles de la Province reçoivent un enseignement de base. Enfants et jeunes aveugles sont alphabétisés, éduqués et formés par un cursus scolaire complet de 3 ans. Programme de formation. Evaluation et examen. Certificat. La qualité sera atteinte.
2) Par l’apprentissage du braille, l’en-fant aveugle trouve une reconnaissance et ses pleins droits. Augmentation annuelle de 36 enfants et jeunes aveugles formés qui lisent et écrivent couramment le braille. Notes d’examen et rapport d’évaluation pour le braille. Aucun facteur ne compromette la post alphabétisation et le suivi en braille.
3) Par la formation socioprofessionnelle, les jeunes aveugles s’intègrent. 80% de réussite pour la formation pratique adaptée, clé pour une auto-subsistance. Plan de service individualisé. Document cadre de formation pratique adaptée.
4) Des enfants aveugles et voyants fréquentent les mêmes classes. Après 3 ans de formation spécialisée, 80% poursuivent un cursus scolaire intégré. Statistiques de suivi. Rapports des maîtres. Victoire sur les discriminations.
5) Réaliser une école d’alphabétisation sur le campus du centre de l’ACFBAM. 3 salles de classes spécialisées. Equipement complet. Fourniture didactique, logistique et fonctionnelle pour 3 ans. Héberger 36 enfants aveugles 3 x 6 mois. Etude, projet, plans, devis, supervision et vérification disponibles à la Direction régionale et à la coordination nationale. Les finances seront trouvées.

Activités
1) Eriger l’école et les dépendances adaptées pour recevoir les enfants et jeunes aveugles, filles et garçons. 6 mois pour la construction. Bâtisse de 3 salles de classes, 2 latrines, préau. Capacité annuelle: 36 enfants aveugles, 3 enseignants/tes. Plans et devis de l’architecte. Aucun facteur de force majeure ne va intervenir.
2) Elaborer une stratégie de recrutement, d’organisation, de management de qualité, de promotion et de communication. Disponibilité de 3 enseignants spécialisés formés. Méthodologie d’une approche globale et pédopsychiatrique. Qualité professionnelle en amélioration. Contrat et programme d’Education de base préétablis par le FONAENF et la DREBA. Guide pour définir le profil du personnel requis. PV. Tout le personnel qualifié sera trouvé ou formé au préalable. Le plan opérationnel annuel sera tenu.
3) Enseigner toutes les matières éducatives selon les normes de la Formation de base non formelle. Cursus bilingue. 3 enseignants spécialisés permanents, 3 formateurs occasionnels externes, 1 responsable du centre. Programme scolaire ordinaire. Rapport des organes de contrôle, de suivi, de qualité et d’évaluation: FONAENF, DREBA et l’ASHVB. La qualité soit recherchée et le niveau de classe soit supérieur à la moyenne.
4) Elaborer un plan d’accompagnement avec la famille et un projet pour l’enfant à la sortie de l’école. 1 audit avec chaque enfant/famille. Démarche de réinsertion dans la vie courante après le temps passé dans le milieu protégé de l’internat. Procès verbal. Plan de service individualisé pour l’enfant. Document cadre de prise en charge spécialisée. Risques: Les parents retiennent leur enfant aveugle. Les filles soient jugées inaptes. Le taux de réussite baisse trop.

Intégration et réhabilitation: braille bilingue
Education pour tous n’est pas seulement un nouveau droit salutaire et stimulant pour l’enfant aveugle; l’intégration scolaire classique ou socioprofessionnelle, il faut savoir la négocier avec les partenaires de l’enfant: les parents, l’école, l’éducateur spécialisé et les instances régionales. Ce projet innovateur ne bénéficie, pour ainsi dire, d’aucune expérience tangible pour mesurer un taux de réussite ou de satisfaction. C’est pourquoi, une importance capitale est mise sur l’apprentissage et la maîtrise du braille bilingue: mooré-français. En effet, l’originalité de ce programme est que l’alphabétisation se fait dans la langue vernaculaire (mooré, bissa, etc.), après quoi on passe au français. A l’issue de la 3ème année de l’école spécialisée, l’en-fant aveugle saura lire et écrire; il pourra intégrer l’école publique ou faire une activité professionnelle adaptée et aura la capacité de suivre les cours ou de s’organiser.

3) BUDGET DU PROJET

Le budget du projet s’appuie sur les devis des divers corps de métiers sollicités et sur les besoins didactiques et pédagogiques spécifiques qu’occasionne le braille.
Les FCFA sont convertis en francs suisses (CHF 1.- = 400 FCFA).

1 BATISSE AVEC TROIS SALLES DE CLASSE
Terrassement et fouille 223’050 600.-
Béton armé et travaux de maçonnerie, matériaux 4’669’760 11’700.-
Charpente, couverture et étanchéité 1’281’200 3’200.-
Menuiserie, portes et fenêtres 615’000 1’600.-
Plafonds 630’000 1’600.-
Installations électriques, néons 429’400 1’100.-
Peinture 629’050 1’600.- 21’400.-

2 CONSRUCTION DE DEUX LATRINES
Fouille, maçonnerie, portes, revêtement sol 1’797’750 4’500.- 4’500.-

3 FORAGE D’UN PUITS D’EAU
Forage, construction avec margelle, pompe 4’620’000 11’600.- 11’600.-

4 LOGISTIQUE
Une Moto Yamaha Y 100 pour le centre 1’475’000 3’700.- 3’700.-

5 FOURNITURE DIDACTIQUE, 3 ans
Méthode braille « Du noir au braille » (50 ex.) 1’500.-
Papier et papier braille (60 rames) 3 x 255’000 2’000.-
Tablettes brailles et poinçons (36 ex.) 3 x 486’000 3’800.-
Cannes blanches, registres pour élèves, etc. 3 x 372’500 2’900.- 10’200.-

6 CHARGER POUR FONCTIONNEMENT ANNUEL (participation)
Forfait: Carburant, électricité, indemnités 3 x 400’000 1’000.- 3’000.-

Frais de suivi du projet 10% 5’600.-

Total recherché pour financer l’école et 3 cycles de formation 60’000.-

4) BUDGET GLOBAL ET AUTRES PARTENAIRES

L’école d’alphabétisation se situe dans un projet global: CENTRE DE FORMATION (Campus). Pour mettre en valeur le terrain, l’Association du Centre de Formation Braille pour Aveugles et Malvoyants (ACFBAM), a fait un appel d’offre à trois partenaires pour réaliser le projet dans son ensemble.
Les partenaires pressentis sont le FONAENF, la MEB et l’Ambassade du Canada:
L’Ambassade du Canada à Ouagadougou finance deux dortoirs pour les
élèves et la maison des enseignants, (29’157 $US) 13’000’000 FCFA 33’000.- CHF

La participation locale du Fonds pour l’Alphabétisation et l’Education
Non Formelle (FONAENF) concerne les salaires des enseignants,
le mobilier de l’école et les frais d’hébergement des enfants.
2008: Première année, 1 classe FCFA 1’900’900
2009: Deuxième année, 2 classes FCFA 3’801’800
2010: Troisième année, 3 classes FCFA 5’702’700 29’000.- CHF

Total pour le Centre de Formation Braille pour Aveugles et Malvoyants 122’000.- CHF

Le FONAENF a versé la première tranche en 2008 pour la première année. La formation a lieu dans une chapelle proche du centre en attendant que les locaux soient construits.
L’Ambassade du Canada a versé le montant prévu, la construction de ces trois bâtisses est en cours (février 2008).

5) SUIVI ET EVALUATION

La Mission Evangélique Braille (MEB) se porte garante du projet, elle a deux collaborateurs au Burkina Faso qui supervisent le projet:

1) M. Lucien Naré, aveugle, de l’ONG partenaire (ASHVB) qui assure la supervision en ce qui concerne le braille ainsi que l’évaluation des examens et la capacité des élèves en fin de scolarité.
2) M. Boubakar Ouedraogo, coordinateur national qui a son bureau à l’Alliance Biblique du Burkina Faso, assure le suivi opérationnel et les transactions administratives.

La Direction Régionale (DREBA), organe exécutif du gouvernement, contrôle les modalités du contrat établi entre le FONAENF et le président de l’ACFBAM, Monsieur Etienne Sawadogo, pasteur et responsable du Centre de formation à Boulsa.
Des rapports d’activité et financier sont demandés aux concernés et présentés à tous les par-tenaires.
La MEB évaluera elle-même le projet en se rendant sur place.

Responsable du projet: Heinz Rothacher, secrétaire général, MEB, Vevey
Mars 2008

Lucien Naré, un promoteur du braille décoré

Samedi 12 juin 2010

Lucien Naré reçoit sa médaille

Le 15 décembre 2008, Lucien Naré a reçu des mains du ministre de l’Education du Burkina Faso la médaille nationale du mérite.

L’Afrique subsaharienne compte 10 millions de personnes handicapées de la vue. Au Burkina Faso et sous l’impulsion de Lucien Naré, les possibilités offertes aux aveugles se sont multipliées en termes d’éducation et de formation. « La marginalisation, la solitude et l’isolement sont longtemps restés le lot des aveugles. Nous luttons contre la difficulté d’intégration sociale et professionnelle qui pousse à la mendicité professionnelle », explique celui qui a fondé l’Association pour le salut des handicapés de la vue au Burkina (ASHVB).

Une jeune fille écrit le braille

L’aveugle africain a été longtemps considéré comme inutile, ignorant, indésirable. Aujourd’hui, les non-voyants ont un vif désir d’apprendre à lire et à écrire en braille pour accéder à la culture, à la communication, à l’emploi. Une révolution est en marche et un espoir concret d’intégration socioéconomique se dessine pour des centaines de personnes jusque-là dénigrées et exploitées.

Né en 1960 dans la ville de Koupéla, dans une famille pauvre, Lucien fréquente l’école primaire de 1967 à 1975. Puis, comme beaucoup de jeunes, il se rend dans la capitale, Ouagadougou (à 140 km à l’ouest de son village natal), en quête d’un emploi. En parallèle à son travail auprès d’un commerçant, Lucien, tenace, suit des cours du soir en comptabilité jusqu’à l’obtention de son diplôme, puis trouve un emploi dans une quincaillerie.

La vie lui sourit encore: il épouse Rosalie en 1982, et la famille s’agrandit avec la naissance d’Edwige, en 1983, et celle de Valérie, en 1986. Et puis c’est le drame: en janvier 1987, à l’âge de 27 ans, Lucien perd la vue suite à un accident de la circulation. Passager sur une petite cylindrée, une autre moto leur coupe la route. Un accident somme toute banal pour qui connaît le trafic dense et l’état des routes de la capitale. Malgré une forte douleur à la tête, Lucien n’est pas hospitalisé et ce n’est que quelques jours plus tard qu’il connaît des difficultés de vision, « que les chiffres et les lettres sautillent » devant lui. Et c’est progressivement qu’il perd ses facultés visuelles. Et qu’il voit sa vie basculer du tout au tout.

Assis sous un manguier dans la cour de sa maison, canne blanche en main, il revient d’ailleurs sur ce tournant de sa vie, sans fioritures dans le verbe mais non sans émotion: « Ce fut une catastrophe, j’ai été complètement cassé. Lorsque ma vue s’est péjorée, je n’ai pas pu continuer à travailler chez mon employeur. Beaucoup de mes amis et parents m’ont abandonné. J’ai dû vendre tous mes biens. Quelle révolte! Au début, il m’était très difficile de l’accepter et j’ai même pensé au suicide. Je me cachais des gens qui me connaissaient et ne sortais guère de la maison. Je pensais à la ruine de ma famille face à cette situation. J’ai même conseillé à ma femme de me quitter avec les enfants. Ce qu’elle a refusé. Elle a alors dû subvenir aux besoins de la famille, jusqu’à tomber au chômage. » Lucien se tait, réfléchit, puis reprend: « Quand on perd la vue, on perd toute son identité. On n’est plus la même personne. On doit se reconstruire, retrouver une perspective de vie dans laquelle s’engager. »

Lucien n’a jamais voulu mendier. Il initie d’abord un élevage de porcs. De ses mains, il confectionne des briques en terre cuite et les monte dans une partie de sa parcelle, à côté de son habitation. Une fois l’infrastructure en place, il commence l’élevage de races locales. Et aujourd’hui encore il continue ce commerce avec des races importées. « Cela me fait du bien », commente-il. Solide, bien campée sur ses jambes, sa femme vient le chercher pour le conduire à moto jusqu’à son bureau dans des locaux du secteur 30 de la ville (nord-est). « J’ai beaucoup à faire aujourd’hui », s’excuse-t-il. Car Lucien, qui a pu apprendre l’écriture braille sur le tard, a découvert un nouveau champ d’activité grâce à sa cécité: l’aide directe et concrète aux aveugles et malvoyants de son pays. Et c’est toute une histoire…

La famille accueille Josette, en 1989, Hélène, en 1992. Grâce à la lecture braille qu’il a pu apprendre auprès de l’Association burkinabée pour la promotion des aveugles et malvoyants, un peu de lueur parvient à éclairer également son désarroi, notamment en lisant les Evangiles du bout des doigts. Il y trouve l’impulsion d’une nouvelle vision pour les aveugles de son pays. En 1993, et alors à la tête d’une famille de six personnes, il va voir le directeur de la Ligue pour la lecture de la Bible, le pasteur Michel Nikiéma, avec l’idée de fonder une association pour les personnes handicapées de la vue. Son objectif: recenser les malvoyants du Burkina Faso, que les familles cachent souvent ou malmènent, et leur donner les moyens de vivre d’une façon digne en leur inculquant un savoir-faire. Frappé par la volonté de son interlocuteur, le directeur l’aide à créer l’ASHVB. Et le bouche-à-oreille fait son œuvre: informée de la naissance de cette structure et déjà en contact épistolaire avec Lucien, la Mission évangélique braille (MEB) en Suisse lui demande de représenter l’ONG dans le pays.

Syllabaire réalisé par Lucien

« J’ai parcouru des centaines de kilomètres ici au Burkina pour contacter des Eglises, des communautés et les directions provinciales de l’action sociale afin de recenser les handicapés de la vue. Avec un double but: leur donner accès à l’éducation et leur permettre de rester inscrits dans leur tissu social de façon active. Pour ce faire, nous formons des responsables locaux à même de s’occuper des malvoyants de leur région. Au début, les gens ne comprenaient pas ce que je cherchais à faire et pourquoi on s’intéressait à cette population. »

Dans la société traditionnelle africaine, l’aveugle est souvent considéré comme porteur de malheur, une bouche inutile à nourrir, un paria… Lucien a par exemple croisé la route d’Odile, une jeune aveugle de 18 ans, orpheline de père, qui vivait de façon isolée dans un village de brousse et qui, depuis, a intégré le centre MEB de Koudougou. Ses responsables lui ont découvert des capacités intellectuelles inédites: elle a rapidement appris à lire et à écrire en braille et peut saisir actuellement sur machine à écrire des procès-verbaux. Elle n’a toutefois jamais reçu la visite de personnes de sa famille depuis qu’elle a pris sa destinée en main.

L’ASHVB s’occupe aujourd’hui non seulement d’alphabétisation, mais aussi de l’enseignement de techniques artisanales et agro-pastorales adaptées aux aveugles. La MEB, elle, a construit un centre principal de formation à Ouagadougou et mis en place une coordination nationale. Les quarante-quatre moniteurs ou enseignants spécialisés qui œuvrent dans les différents centres pour aveugles implantés aujourd’hui au Burkina Faso ont été essentiellement formés par Lucien.

Derrière son bureau, sur lequel se bousculent courrier, cécogrammes et documents de toute sorte dans un parfait désordre, notre homme garde une vision claire de son travail qu’il ne cesse de développer. Il a inventé le tableau noir braille avec des vis à têtes rondes. En 2006, il a fini de mettre au point un alphabet en moré braille – le moré est la langue parlée par plus de 50% de la population au Burkina Faso, également parlée au Ghana, en Côte-d’Ivoire et au Mali – ainsi qu’en bissa braille et en kasïm braille.

Le célèbre tableau noir de Lucien

Le seul alphabet moré a représenté un travail de taille qui fut effectué en collaboration avec des linguistes et spécialistes de l’Institut national pour l’alphabétisation (INA) et l’Association nationale pour la traduction de la Bible et l’alphabétisation (ANTBA). A partir de cet alphabet, un collaborateur suisse de la MEB a réalisé un programme informatique qui peut transcrire automatiquement tout texte en caractères latins fourni sur support informatique en moré braille. La technologie vient d’être transmise à une équipe du Burkina Faso avec une petite unité d’impression braille. Une révolution pour les non-voyants du pays! En automne 2008, Lucien s’est vu remettre, grâce à la générosité de donateurs helvétiques, un équipement informatique complet comprenant: un ordinateur portable, une ligne braille, une imprimante braille un scanner.

J'installe sa ligne braille à Lucien

« Le concept mis en place par la MEB et l’ASHVB est différent de ce qui existait déjà au Burkina en ce sens qu’il ne vise pas de grosses structures. La formation décentralisée mise en place est pratique et a l’avantage de laisser les aveugles dans leur milieu, ce qui permet à l’entourage de la personne handicapée d’évoluer en même temps qu’elle.

Face aux 200’000 aveugles du Burkina, on ne peut pas se satisfaire de ne former que quelques dizaines d’aveugles par année et laisser les autres dans l’ignorance. Il fallait introduire des infrastructures plus légères que ce qui existait déjà. Lucien a en quelque sorte ouvert les yeux du gouvernement burkinabé sur ce qui pouvait être fait à grande échelle et non seulement pour quelques privilégiés. Il a su développer une aide adaptée aux malvoyants qui parviennent aujourd’hui à s’inscrire dans le tissu socioéconomique du pays en faisant valoir des compétences. Ce travail décolle véritablement et c’est extraordinaire d’assister à cet essor.

Comprenez bien: Lucien n’est pas resté dans la fatalité. Il a su se montrer opiniâtre, aller où il voulait, patiemment, faisant profil bas si nécessaire, contournant les obstacles trop difficiles, fonçant quand c’était possible. Ce n’est pas un intellectuel ni un théoricien, mais un homme pratique et pragmatique. Derrière une certaine réserve, due probablement à son handicap qui ne lui permet pas de jauger un nouveau venu d’un regard, on sent un homme chaleureux et sensible. On le sent vibrer dans les moments forts. Il a cru en son projet et démultiplié l’aide offerte aux personnes handicapées de la vue du Burkina de façon ambitieuse et pourtant très terre-à-terre. C’est un interlocuteur formé qui reçoit d’ailleurs aujourd’hui, pour ses cours d’alphabétisation, de l’argent de la coopération internationale. Nous aimons collaborer avec lui et partageons ce même souci de répondre aux différents besoins de la personne handicapée, que ce soit au niveau pratique, socioculturel ou identitaire ».

En janvier 2008, 528 enfants aveugles ont pris pour la première fois le chemin de l’école, dans les différentes localités du pays; ils ont été répartis en 44 classes de 12 élèves.

L’équipe de la Mission Evangélique Braille

Cet article est paru dans l’édition de juillet 2009 de Clin d’oeil, l’organe officiel de la Fédération suisse des aveugles et malvoyants