Du Café de l'Ouest à Ouagadougou

Croisière pour l'alphabétisation des enfants aveugles du Burkina Faso

Image d'accueil: Ecole Braille Jean-Marc Meyrat à Boulsa au Burkina Faso

Catégorie: Voyage à Boulsa, novembre 2010

Les préparatifs vont bon train

Mercredi 13 octobre 2010

Audio: chants et danses à Boulsa

Michel Bondi et moi commençons sérieusement à nous préoccuper des bagages. Le jeudi 28 octobre, nous allons nous répartir la charge, afin que les mésaventures de 2008 ne se renouvellent pas. Tout fier de ma valise dernier cri, je ne m’étais pas rendu compte qu’elle pesait 75 kg alors que le poids maximum pour un bagage est de 32. Il a dû donc fallu aller acheter en catastrophe une valise supplémentaire pour mieux répartir la charge.

Ci-dessous, la liste du matériel que nous allons acheminer au Burkina Faso

4 PCS portables équipés d’une synthèse vocale. Ces machines ont été configurées par les mains expertes de Luc Fontolliet. Deux équiperont la salle informatique de l’école Jean-Marc Meyrat à Boulsa. Les deux autres seront mis à la disposition de deux autres écoles pour aveugles à Zorgho et à Ouagadougou. Ce matériel a été offert par l’entreprise Medtroni grâce à une de ses collaboratrices, Madame Fabienne Rouiller.

7 kg de duplo qui donneront la possibilité aux petits louloups aveugles de l’école de Boulsa de s’adonner au jeu de construction. Une partie de ces gros legos nous sont parvenus suite à un appel lancé dans l’émission « La ligne de coeur » sur la Première du 4 octobre dernier, mais surtout, grâce à l’élan généreux de familles genevoises, suite à l’annonce qu’a fait paraître Michel Bondi dans le journal Le Courrier.

Bondi fait joujou

Une trentaine de figurines en plastic d’animaux qui leur permettront de se représenter à quoi ressemble un éléphant, un lion, un cheval ou les animaux de chez nous.

Quelques kg de bonbons avec les brosses à dents et le dentifrice qui vont avec.

Une trentaine de paquets de lingettes parfumées pour se laver les mains après avoir mangé un poulet bicyclette, cadeau très apprécié.

6 exemplaires du livre en vigueur dans le programme scolaire burkinabé pour l’apprentissage de la lecture. Ce livre a été transcrit par ma belle-sœur, Christine Fayet. 4 livres qui constitueront la base du fonds de la bibliothèque braille de l’école de Boulsa. Ces ouvrages ont été imprimés par la Bibliothèque braille romande de l’Association pour le bien des aveugles à Genève grâce aux bons soins d’Anne Pillet, la directrice.

Une poupée pour apprendre le Braille qui accompagnera les tout petits.

Un PC qui servira à piloter l’imprimante braille mise à disposition par Blaise Gauchat, le responsable du Service romand d’informatique pour handicapés de la vue. Cet engin imposant a été acheminé à Boulsa par Gabriel Delabay de Bulle.

400 capsules Nespresso pour Anne-Christine et Philippe Fayet, nos hôtes à Ouaga.

Des produits cosmétiques pour les femmes qui entourent Lucien Naré, le directeur de l’Association pour le salut des handicapés de la vue du Burkina.

Un écran plat pour le roi Naré, pour suppléer à l’écran de son PC portable qui ne veut plus rien savoir.

Un téléphone portable équipé d’une synthèse vocale pour remplacer celui du roi Naré qui a déjà quelques heures de vol.

1er novembre

Mardi 2 novembre 2010

Nous voilà partis!

Après un pot pris à l’aéroport de Genève avec mon loup Francine et Jean, un pote à Boodi, pelage soyeux, tel était son nom chez les louveteaux, me lit le programme concocté par le pasteur Bouba. Cette feuille de route va nous servir de fil rouge tout au long de notre séjour au pays des hommes intègres.

Nous embarquons dans quelques minutes, direction Paris, où nous ferons escale quelques heures, avant de rejoindre Ouagadougou après 5 heures de vol.

Bondi qui feuillette Libération, a déjà l’œil rivé sur l’hôtesse qui va nous servir l’apéro, un méchant Côte du Rhône blanc qui n’a aucune leçon à donner à notre célèbre Rapille.

Arrivés à Paris, tout semble bien commencer. La préposée à l’assistance, une Daniella d’origine tchèque, est charmante et efficace. Dès notre arrivée dans l’autre terminal, l’assistance brille par son absence. La même mésaventure s’était déjà produite lors de mon dernier séjour avec Francine en avril dernier. Après avoir définitivement fait une croix sur l’assistance, nous voici attablés avec un sandwich et un coup de rouge.

Nous voilà dans la salle d’embarquement. Tout À coup, le haut-parleur appelle Bondi au desk. Aurait-il enfin gagné au loto? Non, ce n’est que l’assistance qui nous rattrape.

Nous venons de décoller de Paris Charles De gaulle. Pelage soyeux a sorti un polard de Brussolo et moi, je me transporte sans coup férir avec Ken Follett, dans l’Angleterre du quatorzième siècle. Bondex vient de recevoir son premier mauvais point. La gentille hôtesse vient de nous rapporter nos passeports qui sont tombés de son sac: Ça commence fort.

Les biscuits pour chiens et le Chardonnet sont arrivés. On attend la dînette, ça occupe.

Au menu:

En entrée, salade houlahop, (pâtes aux légumes, sauce tomate, mozzarella râpée), je ne vous explique pas la tête de la mozzarella, fricassée de poulet sauce au pesto, purée de pommes-de-terre et carottes, ou risotto aux champignons, camembert, mandarine, mi-cuit chocolat orange, café et thé. Comme pinard, un vin du Pays d’Oc 2009, La Baume ou un Côte du Ventoux 2009, La Vieille ferme de chez Perrin et fils. Nous avons déjà les tendons qui tirent pour user d’une citation chère à Philippe-Paul Racine, la troisième hyène du voyage à bord du Toyote en mars 2009. Et pour terminer, digestif ou liqueur, dont nous ne connaissons pas encore la nature. Bon appétit! Nous avons opté pour un coup de Vieille ferme plutôt que pour un coup de Baume: erreur. J’en prends pour preuve qu’au second service, il n’y a plus de Baume. Ce vin ressemble comme un frère au merlot que me vend Gégé et que je suis seul à pouvoir boire, mais frais. La gamme de digestif est restreinte. Nous allons jeté notre dévolu sur du cognac, afin que Whist ti ti aboyeur, un autre tète chez les louveteaux, puisse digérer son mi-cuit chocolat orange qui lui reste sur l’estomac, malgré les turbulences sahariennes. Cependant, il semble que nous ayons été repérés, car le chariot des digestifs ne parviendra jamais jusqu’à nous.

Nous sommes arrivés dans les temps à Ouaga. Un monde fou à l’aéroport. Il ne faut vraiment être soucieux quant à l’état de ses bagages. Le comité d’accueil était composé de Valérie, du roi Naré, de Samsung, de Philippe et Anne-Christine.

2 novembre

Mercredi 3 novembre 2010

Il fait chaud, mais c’est supportable, 35 degrés environ. Nous sommes en route pour un premier recyclage informatique à dispenser au roi Naré. Nous sommes dans le trafic intense de Ouaga à bord du célèbre Toyote qui brille comme un sou neuf.

Le Toyote relooké avec le pasteur Samsung et le roi Naré

Il a maintenant 317.000 bornes au compteur mais se porte comme un charme. Bien que Samsung l’ait parfaitement à sa main, cela ne l’a pas empêché de ramasser une bûche pour avoir emprunté un sens interdit. Le roi Naré a dit: « oh! police au cœur de pierre! »

Une artère à Ouaga

Les petites motos chinoises se faufilent avec hardiesse en pétaradant. Cela sent le gasoil et la viande qui grille dans les petites échoppes à même le trottoir. Cela klaxonne de partout. Nous voilà coincés dans un embouteillage causé par un accident. Le cœur du reggae bat des haut-parleur qui crachent un son pourri.

Une rue tout à fait typique à Ouaga

L’ordinateur du roi Naré fonctionne bien. Nous venons de poser l’écran offert par Heinz. Quant à l’imprimante braille, je me sens un peu démuni. Le roi Naré vient de se tirer, toute affaire cessante: il est demandé au ministère, dommage qu’il ait oublié sa médaille du mérite national à la maison. Bondex vient d’aller chercher les deux premières bières de la journée. Il est une heure, nous sommes raisonnables. J’ai passé au moins une plombe pour organiser le nouveau téléphone portable que j’ai apporté au roi Naré.

Je tire sur ma pipe sous l'arbre de la sagesse

Après d’excellentes crudités partagées avec Bondi et Tinou, je me retire dans mes appartement pour faire une sieste et m’occuper du blog.

En fin d’après-midi, nous nous rendons à l’hôtel Indépendance, où Philippe participe à une table ronde dans le cadre du Forum international médias nord sud, fondation dirigée par Jean-Philippe Rapp.

Fayet en action

En soirée, nous partageons un repas dans un jardin avec Jean-Philippe Rapp, son épouse, Philippe Dahinden, un ancien journaliste de la RSR qui monte maintenant des radios dans les zones en conflit, un avocat lausannois que je connais de la Bavaria, Bondi, Philippe et Tinou. La nourriture est bonne, la musique aussi forte que répétitive.

Il m’est impossible de vous laisser pour aujourd’hui, sans vous entretenir du « pichet », le vin servi sur cette agréable terrasse, qui, affirme le serveur, vient directement de Paris et qui n’a, selon les dires experts de Philippe, pas une once de raisin. Je crois que je préférais encore le pinard que nous avions acheté, dix-huit mois plus tôt en France, que nous avons fini dans les larmes dans le désert mauritanien.

Les paysans africains et l’agriculture transgénique

Mercredi 3 novembre 2010

Les producteurs de coton burkinabé sont esclaves des semences transgéniques. Le coton qui constitue une des principales richesses de l’agriculture burkinabé est une résurgence coloniale.

Les grands producteurs d’OGM, que sont l’américain Monsanto et le suisse Syngenta, occupent le terrain. Scandaleusement ces deux entreprises se sont partagées le marché mondial. Syngenta a quitté l’Afrique pour occuper le marché latino-américain, où les intérêts américains ne sont pas très bien vus par certains.

Préoccupés par la sécurité alimentaire, les paysans burkinabé préfèrent recourir aux OGM. Est-ce qu’on a suffisamment édicté les lois régissant le recours aux OGM? a-t-on suffisamment exploité les pistes de la recherche agricole classique?

Un chantage se fait jour. Vous les paysans, vous êtes, que vous le vouliez ou non, dans la productivité industrielle, vous avez loupé la révolution verte, ne loupez pas la révolution génétique. Cela fait tout de même froid dans le dos.

Les bouches à nourrir sont de plus en plus nombreuses et les pays doivent exporter des denrées dont le prix est fixé par les importateurs américains et européens. Comme les enfants, même en milieu rural, vont à l’école, il y a de moins en moins d’actifs dans les champs qui doivent générer la plus grande valeur ajoutée possible pour assumer les coûts et peut-être, limiter l’émigration incontrôlée vers les pays riches.

A l’exception du coton, le Burkina Faso ne subit pas encore de lourdes pression. Cependant, la journaliste Catherine Morand mentionne des cas de discrets débarquements de semences transgéniques de nuit sur l’aéroport de Ouagadougou: c’est la grande opacité.

Est-ce que le recours à grande échelle des OGM pourrait venir à bout de la famine? Certainement pas, car une telle agriculture est généralement monolithique et de ce fait, à la merci des catastrophes écologiques et des variations des cours mondiaux des produits alimentaires.

Malheureusement, les meilleurs chercheurs sont engagés par les grandes entreprises privées occidentales. Selon certains intervenants, les connaissances agronomiques sont à dessin sous utilisées, au profit de la recherche dans le domaine de la chimie.

3 novembre

Jeudi 4 novembre 2010

La matinée a été à nouveau consacrée au recyclage informatique du Roi Naré. Cette fois, mon esprit chrétien ne pourra plus jamais être remis en cause. J’en prends pour preuve, l’accès direct à la bible sur internet que j’ai implanté sur la machine de Lucien.

En fin d’après-midi, après une sieste réparatrice, nous nous sommes rendus à L’Association burkinabé pour la promotion des aveugles et malvoyants. Il s’agit-là de la principale organisation active en faveur des aveugles au Burkina. Il y a pas mal de tirage entre les divers associations. Je leur dis qu’en Suisse, il a fallu attendre 50 années pour que les acteurs du domaine prennent conscience de la nécessité de travailler en synergie. Je vais m’atteler à faire un petit rapport quant à cette visite afin qu’Heinz Rothacher, le secrétaire général de la MEB, sache sur quel pied danser lors de sa prochaine visite fixée à la fin novembre 2010.

De retour chez les Fayet, nous avons été mangé libanais sur la terrasse d’à côté.

Je profite de cette actualité somme toute calme, pour vous proposer un portrait du pasteur Sam Enoc, joyeusement appelé pasteur Samsung, le pasteur éleveur, chauffeur, bâtisseur, agriculteur, chasseur et cueilleur.

Audio: interview avec Samsung

Samsung à l'interview

Samsung dans les choux

Audio: interveiw avec Samsung suite

La Dixence de Samsung

Audio: interview avec Samsung fin

Gédéon, le neveu de Samsung, a 25 jours

4 novembre

Vendredi 5 novembre 2010

Le principal événement qui a marqué cette journée caniculaire, a été la visite du Centre Siloé, une des écoles pour aveugles et malvoyants fondées par l’Association pour le salut des handicapés de la vue du Burkina.

Chant d'accueil

Audio: Chant d’arrivée

Les enfants chantent encore

Deux mains découvrent le livre transcrit par Christine Fayet

La petite Marie dit un poême pour Francine et Jean-Marc

Ils chantent toujours

5 novembre

Samedi 6 novembre 2010

Nous voilà partis pour Boulsa. Cette nuit, il a plu sur Ouagadougou, ce qui a surpris les gens en ce mois de novembre. Le Toyote chargé, vient d’être béni par Rosalie, la femme du Roi Naré.

Bénédiction du Toyote avec mama Afrika

Nous allons faire une première halte à Wayen, à 50 kilomètres de Ouaga sur la route qui mène au Niger et au Togo. Sur le conseil de Francine, nous apportons des habits à cette communauté d’aveugles vraiment démunie. Nous avons acheté à Ouaga, un ballot. Pour 55.000 francs CFA, environ 100 francs suisses, un ballot contient, à peu de chose près, 40 kg de vêtements. Il s’agit d’habits de seconde main provenant des pays riches. Il est difficile de déterminer la filière exacte d’acheminement et surtout, celle d’une vente confiée sur place à des privés. Je ne me permettrais pas d’insinuer qu’il s’agit de collectes caritatives qui finissent entre les mains de particuliers, mais ce n’est pas très clair.

La communauté des aveugles de Wayen

Je suis vraiment très heureux de constater avec quel soin Lucien Naré prend soin de notre cher Toyote. Cependant, j’ai un peu souci pour son embrayage. J’ai malheureusement appris que le dédouanement du véhicule a coûté, très cher à l’association, environ 1.000 francs suisses.

Nous venons de faire halte à Zorgho, où se trouve un centre d’alphabétisation auquel nous avons remis un ordinateur portable équipé d’une synthèse vocale. J’ai reçu un petit cadeau qui doit être, à la forme du carton, une pochette porte-document. Le pasteur Michel, en m’offrant son présent, a cité ce qui sera la maxime du jour: l’aigle voudrait prendre une chèvre, mais comme il n’a pas suffisamment de force, il se contente des poussins. Ceci me semble parfaitement convenir à ce que nous tentons de faire au pays des hommes intègres.

Echanges de cadeaux à Zorgho

Maintenant, direction Koupéla et peut-être, son célèbre poulet bicyclette. Il y a une année, Bondex y laissait une dent.

Nous venons de quitter Koupéla. Nous sommes sur la piste qui mène à Boulsa. Elle est creusée au point que j’ai du mal à taper sur mon clavier braille par contre, cela aide à faire passer le poulet bicyclette et les sucreries, coca ou fanta, qui l’ont accompagné. Samsung est concentré sur la route, le silence règne dans le Toyote, à l’exception des portables du roi Naré. Maintenant, tel un directeur général, il en possède deux. A croire qu’ils vont bientôt s’appeler l’un l’autre. De temps à autre, de Dieu, de Dieu, proviennent du fond eu Toyote où Bondi prétend que l’on ressent les secousses trois fois plus violemment que devant. Pour ma part je pourrais bien me faire sauter une dent avec ma pipe.

Pour avoir emprunté la piste à quatre reprises déjà, je ne les jamais vue dans un tel état. Les trous sont gigantesques et il n’est pas rare que nous roulions au pas pour ne pas tout casser. La gendarmerie est présente. Je dois reconnaître que je ne ferais pas la piste la nuit à cause des coupeurs de route, appellation locale des braqueurs. Sur le bas-côté, des enfants crient: « nassara! nassara! » des blancs! des blancs!

Bonne arrivée à Boulsa

Nous venons d’arriver: Les enfants nous attendaient. J’ai serré la main de tous les enfants. Je suis au bord des larmes. Mon portrait trône sur le bâtiment administratif, ainsi que dans chaque classe.

Voilà, nous venons prendre possession de nos appartements. Absolument magnifique. Nous faisons chambre à part, nous avons chacun deux ventilateurs, un petit salon à disposition, un réfrigérateur, grand comme un sarcophage, pour mettre nos bières au frais. Nous n’avons jamais eu de telles conditions d’hébergement. Décidément, mon séjour de deux mois au Burkina se précise.

Une caisse de Brakina arrive. Dieu est vraiment magnanime.

Un joueur de gon à Zorrgho

6 novembre

Samedi 6 novembre 2010

La nuit ne s’est pas trop mal passée. Hier soir, je me suis ruiné un doigt dans le ventilateur. Bondex est intervenu avec sa trousse de premiers secours, les cours de samaritains, cela peut aider.

Ce matin, avec Bouba, nous allons tenter d’installer l’imprimante braille. J’ai demandé au pasteur Etienne de me passer tous les câbles informatiques à disposition. Bouba et Samsung ont fait une prière collective pour que tout se passe au mieux. pour l’instant, Dieu demeure sourd aux sollicitations de nos deux pasteurs. Cependant, nous ne perdons pas espoir, ceci d’autant plus que j’ai envoyé un SMS„ à Blaise, le dieu du service informatique pour handicapés de la vue, pour qu’il nous donne un coup de pouce.Nous installons les trois PC portable avec synthèse vocale que nous avons apportés et qui permettront peut-être la création du premier cyber café de Boulsa, à l’instar de celui géré par des aveugles à Kinchasa.

Dans la pièce à côté, j’entends le père Duplo qui construit des maisons avec les petits. Carime a réalisé une maison gigantesque sur le toit de laquelle, il a installé une vache. Trois groupes de six, instruits par Bondi et Josette, sont déjà passés. L’apprentissage se fait de manière fulgurante et après une petite demi-heure, la majorité des enfants a réalisé des maisons aussiplus belles qu’ inattendues. Nous allons adopter le même système pour présenter la collection d’animaux en plastic que nous avons apportée.

Les enfants jouent aux Duplos

Le puits qui se trouve au centre de la cour de l’école que le père Dduplo voit en fonction pour la première fois, profite non seulement à l’école, mais aussi à 27 familles des environs. Pendant la saison des pluies, le forfait mensuel pour chaque famille s’élève à 150 CFA (0.32 CHF) pour monter à 250 CFA (0.54 CHF) pendant la saison sèche. C’est sympa, c’est un jeune aveugle qui tient les contrats et la caisse.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le repas des enfants est plutôt frugal: de la farine de maïs mélangée à l’eau que la femme du pasteur Etienne touille avec la participation remarquée du père Duplo et fait cuire dans un grand chaudron pendant 30 minutes. Les enfants participent aux tâches ménagères. Ils donnent un coup de main à la cusine à tout de rôle et font la vaisselle, les filles rassurez-vous.

Le père Duplo touille le maïs

En circulant dans les différents locaux de l’école, on peut rencontrer quelques jeunes qui effectuent des travaux manuels, comme la confection de petits sacs en macramé ou de filets pour la pêche, pendant que des plus jeunes actionnent la grande roue du puits pour remplir les bidons qui attendent sagement d’être remplis.

Un gamin à la grande roue

Un jeune dans le filet

Un jeune dans le sac

Je ne suis pas de très bonne humeur en ce début d’après-midi, j’imagine Monsieur Baud. 30 minutes pour se laver les mains, plus encore pour avoir une bière. Il fait 40 degrés à l’ombre. J’essaie, tant bien que mal, de conserver mon calme, mais c’est rude. C’est peut-être l’indolence africaine, mais cela ne se passait pas ainsi lors de mes quatre premiers séjours.

Le père Duplo a chaud. Il attend les clefs du cantonnement pour prendre une douche. Il me fait la lecture des droits des enfants handicapés. Beaucoup de grands principes, pas même appliqués chez nous, mais avec une phrase révélatrice: la fourniture de soins spéciaux et d’une assistance est soumise à la disponibilité des ressources et gratuite chaque fois qu’il est possible. Voilà qui est encourageant et surtout rassurant.

Dans la cour, une chèvre bêle, un cochon grogne, les enfants du pasteur Etienne vont et viennent.

7 novembre

Lundi 8 novembre 2010

Hier soir, avant de nous coucher, Bondex a demandé: « Qu’est-ce qu’on fait dimanche si il pleut? » Il ne croyait pas si bien dire, il a plu pendant la nuit. Aujourd’hui, il fait un temps très agréable.

Philippe Fayet avait raison. Il y a effectivement à Boulsa une autre structure qui s’occupe des personne handicapées de la vue. L’an passé, l’Association burkinabé pour la promotion des aveugles et malvoyants (ABEPAM) a mis en place une antenne à Boulsa, qui alphabétise les aveugles adultes en Braille. Cependant, dans les 3 provinces du Nord-est du Burkina Faso, dont celle de Boulsa, on ne compte qu’une seule école pour enfants aveugles: l’école Jean-Marc Meyrat.

Wendemi, le petit chouchou de Francine

Audio: Wendemi chante pour la lionne blanche

A Boulsa, on est bien loin des querelles de la capitale. Le frère Etienne entretient d’excellentes relations avec l’ABEPAM et nous assure que la bibliothèque braille autant que la salle informatique, seront mises gratuitement à la disposition de toutes les personnes handicapées de la vue.

On a des espionnes dans la cour

Frère Etienne, le meilleur motard de tout l’Ouest africain, est vraiment un homme exceptionnel. A l’instar du pasteur Samsung, il est ouvert et tolérant. Il est bourré d’humour et rigole de bon cœur aux facéties du père Duplo. Et pourtant. L’année passée, il a été victime d’un grave accident de la route où il y a eu mort d’homme. Cette année, il a perdu sa maison suite à des pluies exceptionnellement abondantes. Quand Bondex lui a parlé de la convention des droits des enfants handicapés, il s’est montré très intéressé et a demandé qu’il lui transmette les documents s’y référant.

Ce matin, nous suivons le culte, car Samsung va battre la lunga. Il s’agit d’un tambour tenu sur le côté, que l’on frappe avec un bâton, dont on peut faire varier le son en imprimant une pression avec le coude sur des cordelettes tendues.

Samsung au lunga

Je profite du sermon pour écrire. Je viens d’entendre pour la vingt-cinquième fois que la piété est ceci et cela. Le prédicateur mélange un peu tout. Il s’échauffe petit à petit. Bientôt, il va montrer du doigt celles et ceux qui étaient absents dimanche passé. Car attention, il ne suffit pas de venir à l’église le dimanche pour faire preuve de piété, voilà qui n’arrange certainement pas les affaires du père Duplo.

Le culte est mixte, en langue vernaculaire et en français. D’après les hésitations du locuteurs francophones, la traduction paraît un peu approximative. Le ping-pong s’accélère. Le pasteur qui traduit a de plus en plus de peine à en placer une. C’est vraiment incroyable, il n’y a aucun lien avec la vie quotidienne dans ce sermon. Qu’est-ce que les gens peuvent-ils trouver dans ces extrapolations des écritures. Enfin, ça chante. Ça y est, l’orchestre a trouvé le ton. La guitare joue un peu faux, mais bon. Malheureusement, le répit est de courte durée. Le premier pasteur vient d’être repris par le peloton, un autre place un démarrage et s’échappe. Nous sommes tous debout. Le pasteur harangue l’assemblée en même temps que les paroissiens confessent à voix haute leurs péchés et expriment leurs états d’âme.

Le calme revient. Voilà le roi Naré et Bouba qui montent sur scène. Bouba fait se lever votre serviteur et le père Duplo.

En sortant du culte, nous faisons une petit halte à la buvette pour réapprovisionner en bières le réfrigérateur du cantonnement. Nous nous retrouvons tous dans notre petit salon en plein air. Accompagné du tambour de Samsung, tous, même le père Duplo, reprennent le cantique: A toi la gloire! Si ce n’est pas malheureux des choses pareilles!

Répétition générale pour Carime

8 novembre

Mardi 9 novembre 2010

La nuit ne s’est pas très bien passée. Nous devons sûrement manquer de vin rouge.

Une éprouvante mais intéressante journée nous attend. Il est 6 heures. Installé dans un fauteuil de notre salon extérieur. J’entends les coqs chanter. Le cochon de la maisonnée grogne dans la cour. Une chèvre, puis deux, lui répondent. Les gens vont et viennent vaquant à leurs occupations. Les enfants du frère Etienne sont déjà debout. Le petit Benaza, âgé de 9 ans, vient me serrer la pince.

Aujourd’hui, nous partons faire de la sensibilisation dans le quartier où est né le frère Etienne, ainsi que dans un village où nous attend le chef coutumier. 24 enfants et une dizaine d’adultes se sont entassés dans deux bus, dont le célèbre Toyote. Je suis très heureux, car le petit Wendemi, « Dieu sait tout » en langue mauré, le chouchou de Francine, est avec nous à bord du Toyote.

Nous avons quitté la route pour prendre une piste défoncée, qui souvent n’est qu’un sentier à peine tracé. Au quartier du frère Etienne, en fait, un village loin de tout, nous sommes accueillis par la danse des femmes accompagnée de tambours. Les femmes virevoltent et se tapent le cul l’une contre l’autre.

Accueil des femmes de Lungu

Après les discours d’usage, les invités et les enfants partagent un plat de riz, duquel les nassara que nous sommes, sont exclus, pour raison de santé… Nous assistons au festin avec notre seul bidon d’eau aseptisée. Le père Duplo rêve d’un coup de blanc. Les villageois sont fiers de leur fils Etienne et ils ont de quoi.

Une petite fille participe au festin

Nous voilà repartis pour de nouvelles aventures avec deux poulets offerts par le village. Ils vont rejoindre le poulailler de l’école de Boulsa.

Nous arrivons à Belga, un ensemble de villages qui comptent 8.000 habitants, escortés par une dizaine de cyclistes du coin. Nous sommes accueilli par le chef du village devant lequel se prosternent les habitants.

Accueil haut en couleur par le chef coutumier de Belga

D’une stature imposante, d’aucuns disent que son volume a passablement diminué, il est coiffé d’un bonnet rouge que ces ancêtres ont porté comme la dague qu’il tient dans ses mains, signe de son pouvoir. De sa voix grave et posée, ils donnent des ordres aux conseillers de son village et d’un signe de tête écarte l’arrivant qui voudrait s’en approcher.

Interview avec le chef coutumier

Audio: interview avec le chef coutumier

Avant d’avoir été coopté chef du village, il a travaillé chez Total France, puis a effectué plusieurs jobs  qui rapportent gros, notamment dans les travaux publics et le bâtiment.

Il ne faut pas s’y tromper. Sous sa bonhomie, cela ne doit pas rigoler tous les jours. On pourrait croire à première vue, à un équilibre fragile entre tradition et modernité. Il n’en est rien. Le chef coutumier a ou avait droit de vie et de mort sur les 3.000 km2 de son territoire. Comme il le dit avec malice, les relations qui prévalent entre ses prérogatives et celles de l’administration, sont comparables à celles qui régissent les rapports entre un cavalier et sa monture. L’un a besoin de l’autre et doit le respecter.

Danses rituelles à Belga

Ce sont environ 200 personnes qui assistent, durant plus de deux heures, aux chants, aux récitations et aux performances de lecture et d’écriture braille des enfants.

Un enfant lit sur le tableau noir du roi Naré

Audio: Chant d’enfants

Après les discours d’usage, tout s’achève avec une partie de torball, une sorte de football pour aveugles, dont les règles ont été quelque peu adaptées aux circonstances.

Match de foot pour aveugles à Belga

Nous avons aussi l’occasion d’assister à des danses endiablées. Incroyable, je n’ai jamais entendu des percussions pareilles. Trois gars assurent comme des bêtes. Ça remonte des pieds au diaphragme. Malheureusement, le limiteur de mon enregistreur numérique, ne me permet pas de recueillir cette richesse. Les danseurs sont masqués et portent des costumes sombres faits de sorte de ficelles qui se soulèvent à chaque mouvement rapide.

J’ai promis au chef coutumier de Belga, de pousser jusque chez lui l’année prochaine avec Francine, la lionne blanche.

Ca chauffe!

Le chef vient de nous donner la route. Nous repartons avec un troisième poulet et un mouton qui est attaché sur le toit d’un des bus. De notre côté, nous lui avons offert un peu d’argent, comme le veut la tradition.

A notre retour, nous avons une longue et édifiante discussion avec le frère Etienne, quant à la situation de l’école, autant du point de vue des structures que des finances.

A défaut de la foi, il faut avoir le moral. Rassurez-vous, il reste inébranlable. Faute de trésorerie suffisante, les enseignants n’ont pas été payés depuis deux mois. De plus, les salaires pratiqués à l’école de Boulsa sont bien moindre que ceux proposés dans l’enseignement public, si bien, que les enseignants se présentent aux concours pour entrer dans la fonction publique et trouver des postes plus lucratifs. Cette position peut avoir, à moyen terme, des conséquences désastreuses pour la pérennité de l’enseignement. Frère Etienne et sa femme ne sont pas payés. Il a entrepris des démarches pour que son école soit reconnue par l’état, ce qui aurait pour effet que la formation des professeurs pourrait être prise en charge. Cependant, cela ne règlerait pas le problème de fond. Les enseignants marchent à l’enthousiasme et, il faut bien l’admettre, à la foi.

Il faut absolument que l’école de Boulsa trouve des activités génératrices des ressources nouvelles ou trouver du financement extérieur. La piste du parrainage pourrait être envisagée. Selon un rapide calcul, la somme de 30 francs suisses par mois et par enfant, devrait couvrir les frais. Lâché comme ça, ce chiffre représente peu de chose, mais il y a 45 élèves. Ce chiffre prendrait en compte les frais d’hébergement et de scolarisation d’un enfant pour 9 mois et les salaires des enseignants pendant 12, ce qui pourraient fidéliser les collaborateurs.

Après une petite sieste, nous allons manger chez Evelyne, la directrice provinciale de l’enseignement de base et de l’alphabétisation du Namentenga, qui a ouvert un bistro. Michel a mis son Marcel. Rien que de poser la main sur son épaule qui colle vous enlève instantanément toute envie. Alors, je le tiens au sac à dos.

A si peu!