Du Café de l'Ouest à Ouagadougou

Croisière pour l'alphabétisation des enfants aveugles du Burkina Faso

Image d'accueil: Ecole Braille Jean-Marc Meyrat à Boulsa au Burkina Faso

Catégorie: Voyage à Boulsa, novembre 2010

9 novembre

Vendredi 12 novembre 2010

Assis dans mon désormais traditionnel fauteuil, j’écoute les bruits du quartier qui s’éveille. Le cochon grogne en trottinant, les deux chèvres bêlent en cadence, tout ça, sur fond de reggae que crache la radio d’une voiture garée dans les environs. Frère Etienne est en face de moi. Il prépare le petit déjeuner que nous prenons depuis hier dans notre petit salon en plein air.

Au programme ce matin, test avec les enseignants et les enfants du livre de lecture transcrit par ma belle-sœur Christine et poursuite de l’activité duplo.

Je viens de présenter le livre à deux enseignants. A Mathieu, le directeur de l’école, et à Yvonne, la maîtresse des tout petits, qui fait la classe avec dans les bras, son petit Fidèle âgé d’un an. Après leur avoir exposé le mode de transcription choisi, je leur demande de faire des tests avec les enfants et de me communiquer leurs observations, afin que je puisse en tenir compte pour l’impression des futurs exemplaires.

La profession se féminise

 

Le père Duplo a monté deux circuits ferroviaires. Un groupe d 6 enfants s’initie aux duplos sous la direction de Josette, la fille du Roi Naré, qui a son diplôme d’enseignante. Elle a tout à fait la voix de l’emploi, aguerrie qu’elle est, après son séjour à Koupéla, où elle tentait de maintenir la discipline devant une classe de 100 gamins. Cela semble avoir été si rude, qu’elle s’est présentée à un concours pour entrer à la poste.

Le père Duplo et Josette, contremaîtres du chantier

 

J’ai installé ma chaise devant la classe. Les enfants viennent me saluer respectueusement.

Samsung est tout inquiet. Un voyant du Toyote reste allumé et il a un peu de peine avec les explications en allemand. Le père Duplo se penche sur le problème. Le Toyote manque d’eau, ce n’est pas le seul. Le père Duplo vient de se muer en chef de gare. Il siffle et fait même le bruit du train. Le train duplo déchaîne l’enthousiasme. Imaginez, ces enfants qui n’ont seulement jamais vu un train. Le père Duplo pose un tunnel, c’est l’affolement.

Wendemi joue au chef de gare

 

Le pasteur Bouba vient de m’offrir un boulier de sa fabrication. Dans un cadre en bois, il a enchâssé quinze tiges faites à partir de rayons de vélo qui comportent les mêmes perles que celles que les femmes se mettent autour des reins. Ainsi, la devise de Thomas Sancara prend tout son sens: consommons ce que nous produisons et produisons ce que nous consommons.

A 17 heures à la descente, à la fin de la classe, nous ouvrons la ménagerie des animaux en matière plastique que nous avons achetés avec Francine.

La ménagerie est ouverte

 

Après avoir fait le sifflet et le train, Bondex rugit, barrit, brait, grogne et feule, lorsque les enfants ne reconnaissent pas tout de suite les animaux. va-t-il bientôt vagir? Décidément, pelage soyeux est plein de ressources.

Qu'est-ce que ce long cou?

Les discussions à propos de la religion occupe une bonne place durant les repas, j’en prends pour preuve ce qui suit. Psaume 42, versets 1 et 2. Voici la version de la bible du père Duplo: « Comme le cerf brame après l’eau vive, ainsi mon âme soupire après toi, Seigneur ». Voici celle de la bible du pasteur Bouba: « Comme la biche soupire auprès des eaux paisibles, ainsi mon âme soupire auprès de toi, Seigneur ». Il est vraiment temps de rentrer, si on ne veut pas finir en taule ou dans les ordres.

10 novembre

Vendredi 12 novembre 2010

Ce qu’il y a de bien avec Bondex, c’est qu’il n’y va pas par quatre chemins. Il épluche les comptes de l’association, exercice auquel le frère Etienne se prête de bonne grâce.

Petit déjeuner chez frère Etienne

Hier soir, après le sempiternel plat de riz, la discussion roulait au sujet des différences entre les obédiences protestantes qui sont très nombreuses au Burkina. Les réponses du pasteur au feu roulant des questions du père Duplo, sont un peu évasives. Cependant, l’objectif est le même pour tous ces courants: sauver les âmes en annonçant la bonne nouvelle. Cela part, bien sûr, d’un profond sentiment, mais… Quoi qu’on en pense, le frère Etienne, comme beaucoup de ses congénères, pratique une forme de prosélytisme de terrain qui n’a pas seulement pour but d sauver des âmes, mais qui tente aussi de soulager le sort bien peu enviable du destin des aveugles qu’il va chercher jusqu’au fond des villages les plus reculés.

Il est 7 heures, pour la dernière fois, cette année du moins, je savoure ces moments privilégiés, assis dans mon fauteuil, à écouter la cour s’éveiller.

Nous nous rendons à l’école. Nous visitons les 4 classes où les enfants lisent et écrivent en braille.

Un enfant écrit sur sa tablette

Classe de lecture

Pendant la récréation, Michel en profite pour faire des photos des enfants. Afin de les détendre un peu, nous faisons le bruit du cochon. J’ai bien failli tourner de l’œil après avoir ingurgité de la poussière en reniflant bruyamment.

L'école de Boulsa au grand complet

Au début du projet nous nous étions engagés à atteindre trois objectifs: le forage du puits, la construction de trois classes et la construction de latrines. Après le creusement du forage et la construction des classes, les latrines sont en cours de construction.

Les latrines en construction

Je passe plus d’une heure à donner aux enseignants quelques rudiments d’informatique adaptée aux aveugles sur les PC que nous avons apportés.

Initiation des enseignants à l'informatique

Pendant ce temps, Bondex et Josette ont rouvert leur célèbre ménagerie.

Durant le repas de midi pris chez le frère Etienne, poulet bicyclette, frites et aubergines, nous frisons l’incident diplomatique. Pourtant, nous les avions avertis qu’il ne fallait tout de même pas trop exagérer avec l’emploi de certaines expressions. Surtout une sortie de l’Ancien testament nous a particulièrement fait bondir. Lorsque Lucien invoque l’Eternel Dieu des armées dans sa prière précédant le repas, moi et Michel nous sommes mis à râler. Là, le père Duplo a pété un plomb. « vous ne pouvez pas prôner à longueur de prière la paix et invoquer un chef de guerre ». Samsung riait un peu jaune et Le Roi Naré s’est ramassé une chasse du tonnerre de Dieu. En fait, une pause s’impose.

Le père Duplo n’en est pas resté là et en a remis une couche en invitant les femmes à partager le repas avec nous.

Par pure goût de la provocation, Bondex tape ma bouteille de bière contre la sienne avec un magistral: « A toi la gloire ». Il est vraiment extra ce père Duplo. Par contre, je ne suis pas du tout convaincu qu’il arrange les affaires pour séjourner au paradis. Il risque bien de rester très longtemps au purgatoire, séjour qu’il appelle, à l’africaine, le hall d’embarquement.

Nous voilà de retour à Ouagadougou. Le pastis et le rouge que nous servent Anne-Christine et Philippe, nous réjouissent le cœur.

Proverbe du jour: « ce n’est pas parce que le chacal a mauvaise haleine, qu’il faut l’interdire de bailler ».

Demain, journée photos.

11 novembre

Vendredi 12 novembre 2010

Bondex prend ses aises

Fidèle, le futur avant-centre de l'équipe du Burkina Faso

Jacqueline, la femme du frère Etienne, au fourneau

Le nouveau bâtiment habritant les classes

Le puits en pleine exploitation

Matériaux de construction pour les latrines

Récolte de la ponte journalière

Un baobab

14 novembre

Dimanche 14 novembre 2010

Après deux jours très agréables passés à Ouaga, nous voilà arrivés au terme de notre aventure pour cette année 2010.

De retour de Boulsa, nous avons partagé quelques excellents moments chez les Fayet. A par cela, quelques visites pour nouer des contacts pour tenter de pérenniser l’activité de l’école de Boulsa, un repas chez le pasteur Bouba le vendredi et un chez le Roi Naré le samedi, ainsi qu’un saut au marché pour faire les traditionnels achats.

Nous aimerions remercier celles et ceux qui nous ont procuré le précieux matériel remis à l’école de Boulsa, ainsi que celles et ceux qui nous ont suivis tout au long de ce blog.

Mes remerciements vont tout particulièrement à Michel Bondi, dit Bondex, le père Duplo, qui a supporté mon caractère difficile et mes coups de gueule et qui m’a surtout magnifiquement soutenu et prodiguer en toutes circonstances, le conseil adéquat. Sa spontanéité alliée à son humeur ont fait merveille.

Mes remerciements vont tout aussi particulièrement à Jean-Marc, dit le lion, grâce à qui j’ai découvert un monde que je ne connaissais pas, celui de l’Afrique d’abord et celui du monde des aveugles. J’ai pu apprécier sa ténacité dans ce projet magnifique, son sens critique et sa volonté de tout mettre en oeuvre pour que ce projet se réalise et perdure. Et enfin, j’ai pu partager des moments de complicité et de rires inoubliables.

Encore une fois merci à tous, Aux Fayet pour leur chaleureux accueil à Ouagadougou, au pasteur Samsung, le meilleur chauffeur de tout l’ouest africain, à Lucien Naré et à sa famille, au frère Etienne, le meilleur motard de l’ouest africain et à sa famille, au pasteur Bouba, à Luc Fontolliet qui m’a patiemment formé pour gérer ce blog, à Christine Fayet qui a transcrit en Braille deux des quatre livres de lecture du programme burkinabé, à Anne Pillet, directrice de la Bibliothèque braille romande, pour son appui, à Heihz Rothacher, le Secrétaire général de la Mission évangélique braille pour sa confiance, merci!

Maintenant, la période des investissements pour lesquels vous nous avez si généreusement soutenus, arrive à son terme. Il va désormais s’agir d’œuvrer sur le long terme. Pour ce faire, nous devons envisager avec le conseil de spécialistes actifs sur le terrain, les opportunités pour mettre en place des structures susceptibles de générer des fonds pour que cette chère école puisse agir à long terme.

La nécessité d’entreprendre des démarches auprès des institutions publiques burkinabé pour que les personnes handicapées soient prises en considération, sera un élément déterminant si nous voulons permettre à ces petits aveugles d’apprendre, de gagner leur vie, de fonder une famille, et tout cela, et ce n’est pas la moindre des choses, dans la dignité.

Merci encore de votre soutien!

A bientôt!

Jean-Marc Meyrat, Michel Bondi